C’est confortablement installé dans un canapé que Massimiliano Allegri a répondu aux questions de Tuttosport. Une conversation, plus qu’une interview, qui nous permet d’en savoir plus sur l’entraîneur, ses méthodes, sa vision ses idées et forcément sur sa Juventus. Retrouvez ici la première partie de ce grand entretien dans laquelle Allegri cherche à comprendre ce qui fait un bon entraîneur.

« Je ne saurais le dire… Mère nature m’a donné des choses qu’elle n’a pas donné à d’autres. Pour moi, ce qui fait la différence chez un entraîneur, c’est sa perception et sa sensibilité. Je peux faire venir un autre entraîneur et lui montrer 50 entraînements, mais ce que je transmets lui, il ne peut pas le transmettre. Mais pas parce que je suis meilleur, car le contraire est aussi vrai. Personne n’est pareil. Si c’était aussi schématique, un ordinateur suffirait. L’entraîneur irait à la plage au lieu de rester dans le froid de Vinovo (centre d’entraînement de la Juventus ndlr). Mais un entraîneur, avec son staff, doit comprendre les humeurs des uns et des autres, les situations. Et pas seulement lire les statistiques et données. Je vous donne un exemple : si un joueur arrive sur le terrain et qu’il est amorphe, je peux me fâcher avec lui. Ou bien je peux le prendre à part et lui dire deux mots : peut-être que je comprends que ce n’est pas nécessaire de lui hurler dessus pour lui faire comprendre ce dont j’ai besoin. Si il s’est fâché avec sa copine, si il n’a pas dormi de la nuit parce que son bébé a pleuré, je dois lui faire faire 10 fois mille mètres et risquer qu’il se blesse pour toute la saison ? Non, peut-être que je lui fais faire 100 mètres. 

Pour moi, le football est la pratique, pas la théorie. Et c’est pareil dans la vie. Sinon, quelqu’un qui sort de la faculté de médecine avec 20/20 devrait tout de suite savoir opérer à cœur ouvert, alors qu’en réalité, il ne sait peut-être pas faire des points de suture. Je suis d’accord avec Sacchi quand il dit que le football est un jeu d’équipe, mais que si sur dix joueurs, quatre jouent mal, c’est difficile que l’équipe soit performante. Personne n’est égal dans la vie. Et dans le football aussi, il y a des catégories. Il y a bien une raison si Pogba vaut 100 millions et d’autres en valent 3. Si, pour gagner des matchs, il suffisait de montrer des schémas tactiques à celui qui vaut 3 millions, alors Pogba ne vaudrait pas 100 millions… 

Tout le monde analyse les matchs mais personne ne s’arrête sur le geste technique, sur le contrôle raté ou bien fait. Je suis de la vieille école : la technique avant tout. Au final, ce sont les meilleurs joueurs qui te font gagner les matchs. Et moi, si je peux, je demande à la société de m’acheter les meilleurs joueurs. Je n’ai pas la prétention de pouvoir transformer un mauvais joueur en un phénomène .

Pour nous, c’est une année durant laquelle l’enthousiasme doit nous accompagner jusqu’au bout. Quand je vais sur le terrain, je ne dois avoir que le chiffre 6 en tête. Pas pour la formation mais le 6, comme le nombre de Scudetti consécutifs que nous pouvons gagner. Cet exploit, si nous ne le réalisons pas maintenant, nous ne le ferons jamais. Les tifosi aussi, ceux qui vont au stade, devraient avoir encore plus envie de fêter ce Scudetto, celui de la légende. Et ils devraient vivre chaque moment, chaque match. Parce que ce n’est pas quelque chose de banal que de chercher à gagner un sixième Scudetto de suite. Ce n’était pas banal de gagner 25 matchs sur 26 la saison dernière. Vous vous rendez compte ? Cet été, je me suis posé devant ma télé, et j’ai commencé à les compter : une, deux, trois, quatre… vingt-cinq. C’est énorme. Et ce n’est pas banal de gagner 10 matchs sur 12 en championnat comme sur ce début de saison. Voilà, les tifosi devraient se réjouir de temps en temps, sans s’attendre à ce que tout soit gagné d’avance. Tous ensemble, nous pouvons écrire la légende, comme les Bulls de Jordan l’ont fait ».

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