A la Juventus entre 1968 et 1976, Pietro Anastasi a marqué l’histoire de la Vieile Dame et du football italien en général. A l’occasion de son 68ème anniversaire, Stile Juve vous propose de découvrir ou redécouvrir la carrière de cet ancien attaquant et capitaine de la Signora.

Un mineur qui écrit déjà l’histoire de la Nazionale

Né dans une famille modeste à Catane, en Sicile, le football est vite devenu une raison de vivre pour Pietro Anastasi. Ses débuts sont fulgurants. Après deux ans à la Massiminiana en Serie D, il quitte le Sud pour le Nord et la Lombardie, en s’engageant à Varese. Il y reste deux saisons et passe de la Serie B à la Serie A. Auteur de 11 buts à sa première saison dans l’élite, il est la révélation du championnat. Dans le viseur des grands clubs, la Juve bat la concurrence de l’Inter et le recrute en mai 1968 pour 660 millions de lires (environ 350 mille euros) , un record à l’époque puisqu’il devient le footballeur le plus cher de la décennie. C’est l’Avvocato en personne, séduit par sa fantaisie et son imprévisibilité, qui presse la Vieille Dame à agir.

Mais avant de rejoindre Turin, il participe à l’Euro 1968 avec la Nazionale et remporte ainsi son premier titre international. A seulement 20 ans, à une époque où la majorité était encore à 21 ans, il vit sa première titularisation en finale, contre la Yougoslavie. Décevant au premier match, la finale s’achève sur un score de 1-1 et doit être rejouée. Au retour, la Nazionale s’impose 2-0 et Pietro Anatasi inscrit le second but, d’une reprise de volée parfaite. En 2014, l’Uefa, qui fête son soixantième anniversaire, inscrit ce chef d’oeuvre dans la liste des 60 plus beaux buts de l’histoire du football européen.

Le Pelè blanc

La Juve en est alors sûre : elle a réalisé un gros coup. Dès son arrivée au siège de la Juventus, Pietro Anastasi découvre le stile Juve. Il rencontre le président Vittore Catella avec les cheveux longs et sans cravate. Ce dernier le renvoie chez lui et l’avertit : « Quand on se présente au siège, on s’habille bien. A partir de maintenant, vous porterez une chemise et un cravate ». Il s’exécutera et reviendra avec des habits sobres, une chemise, une cravate et les cheveux courts.

L’entraîneur à son arrivée est Heriberto Herrera, qu’on pourrait qualifier de dur à cuire. Le mister ne laisse rien passer à l’entraînement et n’hésite pas à lui hurler dessus, même devant les journalistes et tifosi. Mais il deviendra vite un de ses fidèles lieutenants et enchantera le public turinois. Auteur de 15 buts à sa première saison, il récidive à sa seconde saison : 15 buts encore. Et il gagne surtout un nouveau surnom auprès des tifosi : le « Pelè blanc ». Mais la Juve ne gagne rien, jusque au tournant de l’été 1970…

Un joueur atypique mais génial

Roberto Bettega et Pietro Anastasi lors de la saison 1970-71

Cette année là, Giampiero Boniperti entre dans la direction de la Juventus. L’équipe est rajeunie avec des joueurs comme Capello, Causio, Spinosi et surtout Bettega avec qui il formera un duo resté dans l’histoire du football italien. A ses côtés, il ne marque initialement que 6 buts mais se distingue par son altruisme. Plus tard, il déclarera d’ailleurs que « Mes meilleures qualités étaient ma vitesse et mon altruisme. Et même si avec la Nazionale je portais le numéro 9, je me positionnais souvent sur la gauche pour fournir des centres à mes coéquipiers. En résumé, j’étais un joueur de surface qui était aussi capable de participer au jeu ».

Le journaliste de Tuttosport, Claudio Colombo, évoquait ainsi le duo d’attaque en 2009 : « le garçon du Sud enthousiasmait pour sa façon de jouer tout à l’instinct, des contrôles approximatifs mais des sprints et des buts incroyables, et pour cette façon d’être profondément juventino. Anastasi évoluait en duo avec le turinois Bettega, son exact opposé, distillé d’élégance, extraordinaire dans le jeu de tête et fourni avec générosité par les centres du sicilien. Les deux firent la fortune des bianconeri, et la leur en même temps ».

Pietro Anastasi était défini comme un footballeur paradoxal. Le joueur a su compenser ses lacunes évidentes dans la conduite de balle par une accélération et une vitesse incroyable. Si la quasi-totalité de ses contrôles semblaient incertains, il avait le mérite d’arriver sur le ballon toujours avant ces adversaires. Très intuitif dans son jeu, souvent génial mais aussi et malheureusement remarqué par ses écarts de conduite. Un comportement qui lui coûtera sa place à la Coupe du Monde au Mexique où il doit déclarer forfait après un stupide accident, une histoire de chamailleries avec un masseur de coups de serviettes sur les parties génitales qui conduit à une opération chirurgicale… Pas vraiment facile à expliquer.

Entre 1971 et 1975, il remporte trois Scudetti avec la Juventus. Il la quitte pour l’Inter en 1976 avec un bilan de 205 matchs et 78 buts. Quelques années plus tard, il expliquera que son départ était dû à « une dispute avec Parola (l’entraîneur de la Vieille Dame à cette époque ndlr) après un déplacement en Hollande. Mais mes rapports avec la société ont toujours été excellents. C’est à la Juventus que j’ai été le plus heureux et je serai toujours un tifoso juventino ». Il aura d’ailleurs toujours des difficultés lorsqu’il rencontrera la Juventus en championnat comme si, face à ses couleur, il devenait incapable d’exploiter tout son potentiel…

Plus qu’un joueur, un symbole pour le Sud

Mais au-delà de ses succès sportifs, Anastasi est vite devenu un symbole vivant d’une classe sociale entière : celle des ouvriers pauvres du Sud qui rejoignaient les usines du Nord en quête de travail. A Turin, Anastasi est une idole de la curva bianconera, composée majoritairement par ces ouvriers. Il est vu comme l’ « un des leurs », un garçon de Sicile, parti en quête de fortune en Lombardie (à Varese) puis dans le Piémont. En mai 2015, dans le Guerin Sportivo, il racontait : « Je me rappelle qu’ils m’arrêtaient à l’extérieur du stade et me demandaient de me mettre en valeur pour eux aussi. Ca me rendait fier ».

Pietro Anastasi est ainsi devenu une icône pour une génération entière de gamins du sud grandissant dans les villes du nord et qui voyaient en lui « celui qui avait eu la chance de savoir jouer au ballon » explique encore le joueur. « Je fus l’un des premiers joueurs du Sud à avoir du succès dans le grand football et je sentais que j’étais devenu un modèle et aussi un motif d’espoir pour tant de garçons qui, comme moi, avaient suivi leurs rêves en partant vers le Nord ».

Anastasi était ainsi le meilleur représentant d’une Juve triple-championne d’Italie qui se démarquait par une surreprésentation des joueurs du Sud de l’Italie avec Franco Causio (Pouilles), Giuseppe Furino (Sicile) ou encore Silvio Longobucco (Calabre). En misant sur des joueurs de cette partie du pays, la Vieille Dame s’est ainsi assurée le soutien d’une grande partie de la population locale et fut alors appelée la Sudista.

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