La réaction de Gigi Buffon dans l’épilogue du match contre le Real Madrid ne cesse de faire discuter. Cette vague de critiques me pousse à réagir à mon tour et réaffirmer mon admiration pour l’Homme.

« Laissez-moi au moins l’opportunité de défendre, de manière exaspérée et passionnée, la performance de mes coéquipiers et les 5 000 tifosi venus à Madrid pour nous supporter.

J’ai le devoir de défendre mes coéquipiers et les tifosi, pas forcément de la façon la plus éduquée qui soit, mais j’ai senti que je devais le faire, même si cela doit nuire à ma réputation ».

Gianluigi Buffon cité par le Daily Mail

Las de ne pouvoir célébrer les succès de leurs équipes respectives, les antijuventini d’ici et d’ailleurs semblent prendre un malin plaisir à critiquer la sortie de route de Gianluigi Buffon. En Espagne, soucieux de préserver leur image royale et toute tâche venant salir leur blanc immaculé, les merengue condamnent cette réaction.

Pour moi, cette réaction fait de Buffon une légende unique en son genre et bien différente de celles que seront Messi et Ronaldo dans l’histoire du football. Simplement car il a montré une fois de plus son humanité : une forme d’authenticité qui est en rupture totale avec le football aseptisé qu’on cherche à nous imposer aujourd’hui. Cette rage qu’il a laissé exploser marquera les esprits autant que ses larmes au soir de l’élimination de l’Italie de la prochaine Coupe du Monde…

De mon regard de tifoso, il est impossible de condamner la réaction de Buffon pour deux raisons. D’abord parce qu’elle incarne l’état d’esprit juventino, pour le meilleur et le pire. Car être juventino, c’est avant tout une obsession pour la victoire. C’est cette culture de la gagne qui a fait notre force ces dernières années et qui a permis à Gianluigi Buffon de remporter en moins d’une décennie le nombre de trophées qu’on connaît. C’est ce même état d’esprit qui a permis à la Juventus de se qualifier deux fois en finale de la Ligue des Champions en 4 ans sans forcément avoir la meilleure équipe de la compétition. Et même en cas d’éliminations, c’est cette mentalité qui a poussé dans leurs derniers retranchements deux des meilleures équipes d’Europe (le Bayern et le Real).

Mais une telle obsession a forcément son revers de la médaille : c’est aussi le refus d’accepter la défaite. Sans doute y avait-il pénalty, mais au fond, le portier bianconero à la recherche du dernier trophée manquant à sa carrière n’a pas pu accepter qu’une rencontre d’anthologie s’achève sur un fait de jeu presque anecdotique en apparence mais insupportable pour ses conséquences. Drogué à l’adrénaline, il a vu son rêve s’effondrer en un coup de sifflet. Comme l’a dit Allegri, dans de telles circonstances, « je défie quiconque de ne pas réagir« 

Ensuite, si cette réaction fait tant discuter, c’est aussi parce qu’elle est le vestige d’une passion qu’on ne ne voit plus assez sur les terrains. Aujourd’hui, dans ce football moderne, Buffon semble être un OVNI. Dans les bons et les mauvais moments. Comme lorsqu’on le voit saluer avec un large sourire ses adversaires les plus emblématiques, même dans la défaite. La passion d’un si grand Homme qui, du moment qu’il entre sur le terrain, semble n’avoir jamais grandi et vit avec des yeux d’enfant chaque rencontre. Cette passion pour la victoire qu’on aimerait plus voir chez certains des leaders de la Juventus, et notamment les plus jeunes comme Dybala, qui sembleront peut-être plus professionnels mais tellement moins fascinants.

Cette explosion n’a certainement rien d’anodin au moment où la carrière de Buffon semble sur le point de se terminer. Le portier entretient encore le mystère sur son avenir. Mais, malgré des prestations à la hauteur, il sait que le moment d’arrêter est sans doute venu. Il réalise aussi qu’au moment où cette retraite deviendra réalité, une part de lui mourra. Car au moment de passer de l’autre côté du rideau, il devra abandonner cette passion qui le caractérise pour embrasser le côté rationnel du football. Et c’est ce qui rend cette lourde décision si difficile à annoncer.

On dit que les hommes passent et que la Juventus reste. Mais lorsqu’il ne sera plus sur le terrain, il est impossible de se dire que la Vieille Dame sera toujours la même. Sans doute moins passionnée. Sans doute moins passionnante.

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