Bousculée par les attaques incessantes de ses adversaires, qui surgissent de toute part, la Juventus plie. Gianluigi Buffon n’accomplit pas de miracle sur l’ouverture du score de Son. Et la Vieille Dame ne montre toujours pas de signe de vie. Rien, à ce moment du match, ne laisse imaginer une remontée aussi inattendue qu’épique et soudaine. Et face à la fluidité, la technique et les qualités physiques des différents Dembéle, Dele Alli, Eriksen et surtout Kane, même Giorgio Chiellini semble souffrir.

Envers et contre tout

Mais il est toujours là. Même quand Kane cherche à le perdre sur le côté pour repiquer dans l’axe, il résiste inlassablement pendant plus d’une heure. Et c’est là qu’est la grandeur d’un joueur, la dimension d’une équipe. C’est sur cette capacité à ne jamais s’effondrer que se créent les légendes.

Sur les sept dernières années, Giorgio Chiellini ne s’est véritablement effondré qu’une seule fois. C’était à Cardiff, en juin dernier. Mais même dans ce cas, son implication ne fait l’objet d’aucune critique. Dans cette finale contre le Real, il est submergé avec Bonucci par un ras de marée madrilène qui ne rencontre aucun obstacle avant se présenter face à la défense.

Mercredi soir, une fois de plus, Chiellini ne s’est pas effondré. Même dans cette première heure interminable, il a tenu le coup. Avec l’expérience, le physique, la malice et la capacité de contrôler son bras qui touche certes le ballon mais reste solidement attaché su sol. Et même sur le but de Son, il se jette, en vain, avec toute l’énergie du monde pour chercher à protéger son capitaine, Gianluigi Buffon.

Et puis, Chiellini a incarné la Juventus. Ce roc sur lequel des talents comme Douglas Costa, Gonzalo Higuain et Paulo Dybala peuvent s’appuyer pour repartir en attaque. Giorgio renaît dans la tempête, il est ce bastion d’énergie et de dévotion que tu retrouveras toujours derrière toi. Envers et contre tout.

Une intervention décisive par minute

Chiellini n’est pas un super champion comme Buffon. Il n’a pas les pieds de Bonucci, la propreté de Barzagli ou le sens du tempo de Benatia. Mais personne n’est comme Chiellini. Il a mis des années pour limer le plus possible ses pieds, pour apprendre à gérer le ballon. Des années à comprendre quand il faut jouer sur la largeur, ou dans la profondeur quand c’est nécessaire. Des années aussi pour se créer une réputation injuste de brute et de dur à cuire, de la part des haters, malgré un comportement correct envers ses adversaires. Alors oui, parfois il perd la balle. Parfois, son pied dévisse. Il n’a pas le sens des déclarations banales. Mais personne n’est comme lui.

Contre Tottenham, Giorgio a effectué 27 interventions (oui oui 27), entre les ballons grattées, les interceptions et les duels gagnés dans la surface de réparation. Dans un match d’une durée effective de 54 minutes, durant laquelle Tottenham a eu la possession pendant 27-28 minutes, cela veut dire que Chellini a fait une intervention décisive par minute. A 27 reprises, il a claqué la porte au nez des anglais, bâti une muraille, érigé une forteresse. Celle sur laquelle Higuain et Dybala se sont élancés pour martyriser les défenseurs de Tottenham, qui font un autre sport comparé à Giorgio.

Le pilier de la Juve

Cette année, sans Bonucci, avec un Barzagli sur la pente descendante, un Buffon à mi-temps, Lichtsteiner et Marchisio écartés, Chiellini est pratiquement le seul pilier restant sur lequel la Juventus a construit ces sept dernières années. En tenant le rythme, en maintenant la concentration et avec une présence titanesque sur le terrain.

De combien de joueurs peut-on attendre le même degré d’intensité, de constance et d’attention ? Combien sont-ils ces hommes dont on peut admirer à chaque reprise le sacrifice psycho-physique, la générosité sanguinolente, l’énergie explosive et cette passion charnelle pour se défendre et tenir bon ?

Une poignée à peine. Et même parmi cette élite, personne n’est comme Chiellini. Un joueur vintage. A la fois disgracieux et efficace. Avec les pieds carrés mais qui restent solidement au sol, sauf quand il faut s’élever en l’air ou lorsqu’il faut obtenir une faute. Personne n’a son style rugueux et agressif, l’allégorie du marquage le plus pur possible. Il défend comme on le faisait à un autre temps. Non pas parce que c’est la seule manière qu’il connaisse, mais parce qu’il est le seul à le faire aussi bien.

Cette année, il donne l’exemple, il lève la voix, motive ses coéquipiers. Il essaye des choses difficiles, même s’il échoue deux fois sur trois. Il part ballon au pied, avec l’envie de conquérir le monde. Il rugit, il relève ses adversaires. Au milieu, il vient prendre dans ses bras Higuain, à genou après le but de Dybala. Il saisit avec ses poings rageurs Buffon,après un sauvetage. Il ne manquait que le bandage sur la tête, mais il reviendra vite.

L’exaltation de Chiellini n’est pas contraire au football. C’est juste l’autre face du ballon. Le côté obscur, qui contraste tant avec la mode du jeu léché et le culte du talent offensif.

Et puis il y a l’autre Chiellini, celui en dehors du terrain. Avec la voix d’un petit garçon, les yeux remplis de bonté mais la lucidité et un professionnalisme qu’on banalise trop souvent à tort. Les études aussi (diplômé en économie) et un cœur énorme. On l’a encore vu cette semaine, lorsqu’il évoque Davide Astori sur la télévision anglaise avec les yeux rougis et la voix tremblante.

Chiellini ne suffit certainement pas pour triompher, mais il est nécessaire et indispensable, au moins à cette Juve.

Personne n’est comme Chiellini, pour le meilleur et le pire. Et personne n’est comme cette Juve, pour le meilleur et le pire.

Article traduit et rédigé sur la base de l’article de Sandro Scarpa chez notre partenaire Juventibus : http://www.juventibus.com/nessuno-chiellini/ 

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