Parce qu’il a toujours été là. Depuis ses 7 ans, Claudio Marchisio porte haut et fier les couleurs de la Juventus. Le club de son cœur, de sa ville, lui l’enfant de Turin issu d’une famille de Juventini. Revenu cette saison d’une rupture des ligaments croisés, le parcours de Claudio est composé de superbes succès obtenus contre de lourds tributs à base de travail, de sacrifices et de persévérance. Et à ce titre, il est le joueur qui représente le mieux la Juventus d’aujourd’hui.

La fête bat son plein au Juventus Stadium. Le podium est monté, le tapis des vainqueurs déroulé, les champions sont appelés un à un et tous sont chantés par les quelques 40 000 âmes présentes dans les travées. Vient enfin le tour du numéro 8, celui que l’on appelle « Il Principino », le Stadium acclame haut et fort SON Petit Prince. Rejoint par ses fils Davide et Leonardo, l’émotion est trop forte et le champion d’Italie ne peut retenir ses larmes… Parce qu’il revient de loin, ce titre est peut-être le plus beau d’un panel de 6 scudetti tous décrochés -évidemment- avec son club de cœur.

NULLA E IMPOSSIBILE

Peut-être le plus beau car, un an en arrière, lorsque la Juventus fêtait son 34e titre avec la même ferveur et la même ambiance de fête, Claudio n’était pas là. Une absence lourdement ressentie du petit Prince trop occupé avec les docteurs, les bistouris et les béquilles comme seuls trophées. En effet, le 17 Avril 2016, lors d’un match contre Palerme, le bianconero se bloque le genou gauche lors d’un duel. Les croisés n’y résistent pas et la cruelle sentence tombe ; ça sera six mois de football sans Claudio Marchisio, une attelle au cœur de tous les Juventini et un Euro qui s’envole pour il Principino qui signait jusqu’alors une incroyable saison dans la foulée de la précédente. La même qui l’avait vu s’envoler vers Berlin pour défier le Barça avec sa Juve en finale de C1.

Toujours aussi bon.

La plèbe et ses analystes aux discours capillotractés se plaisait à lui prédire une fin de carrière anticipée. C’est vrai, les croisés à 30 ans, on s’en remet difficilement. Mais c’est mal connaître Claudio qui s’est fait la promesse de revenir au top pour son équipe, pour ses couleurs, parce qu’il y a encore tant à faire et tant de trophées à soulever sous le ciel Turinois. Il en a vu d’autres, après tout. Il a fait partie de cette équipe à qui l’on a coupé les jambes pour être jetée dans le gouffre de la Serie B, donnée pour morte, mais qui a su se transcender pour remonter jusqu’au sommet du football européen. Parce que la Juve a su encaisser et souffrir pour revenir au top, Claudio savait ce qu’il avait à faire, lui qui est imprégné au plus profond de l’ADN du club. Parce que Claudio EST la Juventus.

Alors le petit Prince a travaillé. Il a posé sa couronne et s’est résolu à souffrir. Pendant que ses coéquipiers continuaient de gagner en attendant son retour, lui menait ses propres victoires ; lâcher doucement les béquilles pour recommencer à marcher, puis la rééducation, la remusculation, tout en entretenant en lui cette flamme dévorante de gagner et de retourner sur le terrain même s’il devait tout recommencer de zéro. Et ça paye, le 26 Octobre 2016, Claudio revient dans le XI titulaire face à la Samp au Stadium. Un match remporté 4 buts à 1 par les Bianconeri avec une prestation en taille patron de son numéro 8, et comme un symbole, il marque son premier but en championnat depuis son retour de blessure contre Palerme le 17 Février dernier. La réponse d’un champion qui n’a jamais, jamais pensé à l’abandon.

Après son but contre Palerme. La passion à l’état brut.

LUMINEUX PRINCE DE L’OMBRE

Le travail, Claudio connaît. Il est un bûcheur de l’ombre, l’incarnation même du Stile Juve. Ce n’est pas le genre de joueur que vous trouverez dans des compilations exubérantes de skills survendus sur YouTube. Il est un joueur au jeu sobre, épuré, à l’élégance rare qui trouve toute sa richesse dans l’efficacité et la précision de son football. Ça peut être sur un dribble, sur un long ballon de 20 à 40 mètres d’une précision d’orfèvre, sur une conservation de balle, ou sur la faculté à distribuer, organiser, et rythmer le jeu bianconero. Claudio porte bien son numéro, il est le vrai 8, croisé avec un 6, le joueur multifonctions sacrifié au collectif qui se doit d’exceller dans tout et être partout. Un joueur dont l’importance sur le jeu ne peut se mesurer à la force de bêtes statistiques, à part peut-être son taux de passes réussies qui frôle en moyenne les 90%.

On ne reste pas si longtemps protagoniste à la Juventus par hasard. Claudio est un joueur hors normes et un homme d’exception à la mentalité incroyable, l’un des derniers amoureux du maillot qui existent sur la planète football et c’est ce qui rend son parcours atypique et touchant. Aucun besoin de jouer les stars dans les spots pubs pour de gros équipementiers, sa reconnaissance à lui se trouve dans l’amour infini que lui donnent les tifosi chaque année. Pourtant courtisé, Claudio n’a cessé de décliner poliment l’intérêt des grands d’Europe pour clamer son amour pour la Juventus. S’il doit gagner les plus grands trophées, ça sera dans son club de toujours.

Il fait partie des « 6 fantastiques » protagonistes de l’intégralité des 6 scudetti remportés depuis 2011 avec Buffon, Bonucci, Barzagli, Chiellini et Lichtsteiner.

En parlant de trophées, le sixième titre étant remporté et la 12e Coppa en poche, la prochaine échéance se trouve naturellement à Cardiff, le 3 Juin pour une finale contre le Real Madrid. L’occasion pour Claudio de boucler la boucle de 6 ans de victoires collectives et personnelles, s’offrir une place parmi les grands des grands et succéder à ses héros d’enfance qui, 21 ans plus tôt à Rome, ont soulevé le sésame. Il n’avait alors que 10 ans. L’histoire est belle et ne demande qu’à être gravée sur le marbre, celle d’un Petit Prince et de sa Vieille Dame, partant de ruines et marchant main dans la main sur le chemin qui mène jusqu’aux plus belles étoiles européennes.

Pour enfin devenir Roi.

 

Entre p'tits ponts lyriques et tacles à la jugulaire. S'est déjà fait les croisés à l'auriculaire gauche. Deux fois.

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