Alessandro Del Piero, la gloire de la Vieille Dame, était en une de la Gazzetta Dello Sport. Dans une longue interview, il revient sur quelques moments forts de son parcours à la Juventus et délivre son analyse sur l’équipe actuelle. Extraits :

« J’ai failli quitter la Juve »

Dix neuf ans à la Juve : le simple fait de le dire est déjà sensationnel vu le football d’aujourd’hui.
« Ce fut un parcours merveilleux. J’ai aimé et j’aime ce maillot comme si c’était une part de moi-même. Le début, le premier Scudetto, la Champions à l’Olimpico… Je ne pourrais pas choisir un seul moment. Et dire qu’après la première année, j’étais proche de rejoindre Parme. Je ne connaissais même pas les détails de la négociation. Je sais juste qu’à un moment, Marcello Lippi a dit qu’un jeune garçon comme moi irait très bien en quatrième attaquant ».

Et ce choix de rester en tant que capitaine, même en Serie B.
« L’année 2006 entière a été folle. Nous nous sommes retrouvés en tant que champions du monde, relégués en Serie B sans savoir pourquoi. Il suffit de voir la feuille de match de la Coupe du Monde 2006 pour comprendre ce qu’était la Juve qui a disparu en un été. Tout est passé au dessus de ma tête, sans que je ne puisse rien faire. Mais je n’ai pas hésité une seule seconde à rester quand la société m’a demandé ce que je comptais faire. J’étais le capitaine d’une équipe que je sentais en moi et avec laquelle j’avais tout gagné. J’ai senti que mon devoir était de donner l’exemple et accélérer la reconstruction. Le cycle s’est achevé en 2012 : 6 années après ce tremblement de terre, la Juventus a reconquis le Scudetto. Et j’ai pu mettre un terme à une certaine forme de football avec un dernier titre inattendu ».

Comme Bergomi et Maldini avec l’Inter et le Milan, l’idole Del Piero ne fait aujourd’hui pas partie de son équipe de toujours.
« La vie est faite de moments et la Juventus d’aujourd’hui a une structure très claire et composée de dirigeants très doués. J’ai eu l’occasion de rencontrer Andrea Agnelli, nous avons mis au clair certaines choses et aujourd’hui je peux sereinement dire qu’il n’y a aucun compte en suspens entre nous ».

« Une Juve plus vulnérable »

L’été 2017 a vu l’ère de la BBC originale s’achever.
« C’est pour cette raison que je vois une Juve plus vulnérable que les autres années. Je la vois toujours comme la favorite numéro un mais avec moins de marge. Et ce Napoli est vraiment armé pour le Scudetto ».

Tout ça parce que Bonucci est parti ?
« Le football, parfois, est fait de mécanismes complexes. Je me rappelle de Leo quand il est arrivé à Turin. En quelques années, il a fait des progrès gigantesques. De plus, nous parlons d’un leader et d’un professionnel exemplaire. Jouer à la Juve l’a rendu meilleur et il a rendu la Juve meilleure. Ces dernières années, la Juve a toujours fait des changements mais la forteresse qu’est la BBC n’avait jamais été touchée et c’est sans aucun doute une grave perte. Notamment parce que changer des joueurs en défense n’est pas comme changer des joueurs en attaque : il y a des mouvements et des situations qui nécessitent du temps pour être perfectionnées. Le Napoli devra être suffisamment bon pour profiter de la période nécessaire à huiler certains mécanismes ».

Rugani peut-il devenir le nouveau Bonucci ?
« Difficile de le dire sans le voir s’entraîner tous les jours. Les joueurs doivent être évalués en match et sur le quotidien. Les jeunes de qualité comme lui doivent faire un certain parcours à la Juventus. On ne devient pas titulaire du jour au lendemain. Dès leur arrivée, Morata et Dybala sont restés sur le banc ».

« Dybala peut rester à vie »

Pourtant, Bentancur brûle les étapes.
« Allegri est une garantie absolue, il voit les joueurs. Il n’est pas du genre à s’étendre sur un joueur, il l’a fait pour Pjaca, qui malheureusement s’est blessé, et pour Bentancur. Il est évident que Bentancur est beaucoup plus mature qu’un joueur normal de 20 ans ».

La certitude est Dybala. Passée la brève parenthèse Pogba, les tifosi ont un nouveau 10 dont ils peuvent tomber amoureux.
« Et j’en suis très heureux. Le 10 ne m’appartenait pas : avant moi, des joueurs comme Robi Baggio, Sivori et Platini l’ont endossé. Et maintenant, il y a un fuoriclasse qui a tout pour rester à la Juve à vie s’il le souhaite. Sur ce début de saison, il place la barre toujours plus haute, il fait des choses exaltantes. Il ne s’agit pas seulement des buts marqués, je parle aussi de sa capacité à être décisif quand le match s’enflamme. Et il a des valeurs morales peu communes. Je lui souhaite de trouver à Turin ce que j’ai eu moi-même ».

« Bonne chance Paulo Dybala. Savoure la comme un vrai juventino. Et divertis nous ! »

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