Alors que le football féminin prend de plus en plus d’ampleur, la Juventus a décidé de rejoindre le mouvement et de s’introduire aussi sur ce marché. Depuis le 1er juillet, il nous est donc permis d’encourager une nouvelle équipe: la Juventus Women. En effet, la FIGC a décidé d’encourager le développement du foot féminin en permettant aux clubs professionnels d’intégrer une équipe féminine. Une nouvelle occasion de mettre en lumière ce sport qui a du mal à se faire un place malgré certains progrès. Et pour comprendre les amibitions du club, la place du football féminin en Italie et dans le monde et les moyens de saisir cette opportunité pour faire bouger les choses, voici les paroles du directeur sportif Stefano Braghin et de l’entraîneur Rita Guarino.

Si la Juventus disposait déjà d’un secteur jeune féminin, elle n’a cependant jamais eu d’équipe première avant cette année. Et ça démarre fort; après avoir racheté le titre sportif de Cuneo, qui se retire pour se consacrer uniquement à ses jeunes, le club turinois attaquera donc tout de suite la Serie A avec une équipe toute neuve. Pour Guarino, c’est clair: «Le premier objectif, c’est de faire de cette équipe…une équipe. Nous ne sommes pas juste un ensemble de personnes qui font partie d’un groupe; il faudra trouver la bonne combinaison pour que ces joueuses forment une vraie équipe. C’est le premier objectif, et le plus difficile puisque l’effectif est tout nouveau. Évidemment, un autre objectif du club est celui de réussir, d’atteindre les sommets du classement».

Du genre le Scudetto? Allez Rita, fais nous rêver. «Sincèrement je ne sais pas si on peut le gagner. Nous devrons faire attention à la Fiorentina, détentrice du titre, qui a démontré qu’elle méritait cette victoire en nous offrant du beau jeu. Brescia aussi est une équipe qui, si elle a perdu beaucoup de ses membres, s’est également activée sur le mercato en allant chercher des joueuses dans des clubs étrangers. Les deux partiront donc avec des équipes compétitives et une longueur d’avance vu leur expérience et leur solidité acquise durant les dernières années. Mais cette année, à part nous trois, le championnat sera ouvert».

La Juventus déjà dans le top 3? Au tour de Braghin de confirmer que les ambitions du club sont hautes: «Je ne connais pas le budget des autres clubs, mais je peux dire que le notre nous permettra d’atteindre de grands objectifs, nous visons une qualification aux compétitions internationales l’an prochain».

Viser le Scudetto et la qualification pour une compétition internationale? Gros challenge pour une première saison. «A Allegri, je voudrais voler certains joueurs», déclare Guarino. Impossible? Pas de problème, on emploie les grands moyens afin d’élaborer un effectif largement composé de joueuses ayant vêtu le maillot azzurro lors du dernier Euro telles que Gama, Salvai, Cernoia, Rosucci, ou encore Bonansea, qui proviennent également toutes de… Brescia, le vice-champion d’Italie 2016-2017. Voilà qui en impose.

Certes, il est de notoriété publique qu’acheter des stars pour en faire un club, ça ne marche pas. Cependant, on peut compter sur le nouveau mister Guarino pour créer un véritable esprit de groupe et intégrer chaque joueuse au collectif. «Cette semaine surtout, et celles qui suivront, il faudra du temps pour connaître les particularités de chaque joueuse,» déclare-t-elle. «Cela nous permettra d’élaborer, sur la base de leurs caractéristiques, le meilleur système possible. Nous le ferons aussi en fonction des équipes que nous affronterons».

A quel genre de jeu devons-nous nous attendre? En bon ancienne attaquante, Guarino répond: «Moi j’aime le football rapide, technique et tourné vers l’attaque. C’est ce que nous voudrions faire, mais nous ne sommes pas seules sur le terrain; il faut tenir compte de l’adversaire. Nous verrons».

Pour le système de jeu, nous attendrons. Cepednant, Guarino révèle déjà par quel biais elle compte faire de ce groupe une équipe: «Pour moi, le premier principe, c’est le travail. Quel que soit le niveau, il faut travailler pour atteindre ses objectifs, ainsi qu’avoir le sens du sacrifice, être déterminé, et solide mentalement. Ce sont les principes sur lesquels j’ai basé ma carrière, que ce soit en tant que joueuse ou en tant qu’entraîneur. Il ne faut jamais abandonner, même si les difficultés semblent insurmontables, mais s’obstiner à aller de l’avant et à travailler. Il ne faut également jamais se lamenter sur son sort, parce que malheureusement, c’est ce qu’il s’est souvent passé dans le football féminin, on le faisait en espérant que les choses changent d’un coup, sans jamais essayer de le faire soi-même avec détermination. Moi, je ne me suis jamais plainte, j’ai toujours suivi ma route avec détermination et passion. Pour moi, le travail est la valeur la plus importante».

Des joueuses de prestige, un coach expérimenté ayant fait ses gammes avec les moins de 17 ans qui base son l’apprentissage du football sur le travail et le sacrifice, la Juventus serait donc armée pour pouvoir lutter contre les autres équipes italiennes. Cependant, soyons optimistes, si elle arrive à atteindre l’Europe, le discours ne sera plus le même. En effet, comme chacun sait, l’Italie est très en retard en ce qui concerne le football féminin. «Les clubs étrangers travaillent depuis longtemps sur le développement de ce secteur, ils sont donc naturellement plus avancés aussi bien au niveau de la formation des joueuses que du staff qui les entoure. Donc je pense que tout est question d’organisation.», déclare Braghin.

«Cependant, ajoute-t-il, «nous sommes la Juventus, et travailler au sein d’une structure aussi bien organisée peut nous permettre de combler ce fossé en peu de temps». Optimiste. Ah, encore quelque chose à ajouter, «En ce qui concerne un modèle… la Juventus est habituée à en être un, et non pas à en prendre, donc nous devons essayer d’en devenir un pour les clubs qui souhaitent progresser au plus vite». Là, l’objectif est clairement affiché. Braghin rêve, et tous s’emploieront à lui donner raison. Espérons que les bianconere pourront bénéficier au maximum du soutien de ses supporters afin d’atteindre ses objectifs.

Et si certains n’étaient pas encore convaincus, Guarino a des arguments: «Le football féminin peut offrir beaucoup de spectacle, c’est très divertissant est ça l’est encore plus lorsque l’on arrive, comme nous, à faire jouer ensemble plusieurs joueuses d’expérience et de grande envergure ensembles. Ce qui plaît dans le football féminin, ce n’est pas seulement l’aspect technique, c’est ce qu’il y a derrière. C’est le fait qu’une joueuse n’abandonne jamais, qu’elle soit déterminée à atteindre ses objectifs avec passion. C’est ça qui fait rêver ceux qui vont voir les matchs, on aime le cœur, la passion et le courage que les joueurs mettent sur le terrain. Il y a plusieurs joueuses expérimentées que nous connaissons déjà de l’équipe nationale, mais tous les noms comptent et ça vaudra la peine de venir les voir».

Lorsque le journaliste affirme que les charmantes Rosucci et Bonansea pourront de par leur activité sur les réseaux sociaux donner de l’ampleur au mouvement, Braghin répond: «Le but c’est qu’elles fassent adhérer les gens au projet de par leurs résultats sur le terrain. Il y a beaucoup de moyens pour attirer les supporters, mais nous avons choisi de nous concentrer sur l’aspect sportif». Attirer les passionnés grâce aux résultats sur le terrain et non au physique des demoiselles, il fallait le rappeler. Preuve s’il en fallait que beaucoup de progrès sont encore à faire.

Restons cependant sur Rosucci et Bonansea, qui sont, en plus d’êtres talentueuses (rappelons que la première a été sacrée meilleure joueuse italienne en 2014 et la seconde meilleure footballeuse cette année), sont juventine et turinoises depuis toujours. «C’est bien que les filles viennent de Turin, parce qu’elles créent une base d’appartenance à la ville dans laquelle elles jouent. Elles font toutes partie d’un même groupe et se connaissent donc déjà bien, ce qui nous aidera très certainement»,ajoute Braghin. Nul doute qu’une base de joueuses attachées au club contribue à écrire son histoire de la plus belle des manières.

Mais, et quelle chance, une autre femme participera activement à cette transmission de l’ADN bianconero: le coach elle-même. «Je suis Turinoise et juventina. Pour moi, c’est une grande fierté d’être ici, j’en suis plus qu’heureuse. Turin est une ville un peu spéciale en ce qui concerne le football féminin, la dernière fois que j’ai vêtu le maillot bianconero (avec la Juventus Femminile, qui n’était pas affiliée au Juventus FC, ndlr) c’était en 1991-1992, la dernière saison durant laquelle une équipe noir et blanche a participé à la Serie A. Durant les dernières années, le Torino a contribué à attirer les lumières sur la ville, mais cela fait plusieurs années que les passionnés de foot n’ont pas pu voir une équipe compétitive. Nous devons être le porte drapeau du club, amener à nous toujours plus de supporters et de passionnés. Je pense surtout aux supporters juventini qui apprécieront certainement le projet, et qui se feront entendre lorsqu’il s’agira de suivre l’équipe féminine».

Braghin ajoute à cela: «Pour moi l’objectif est clair; faire de la Juventus un seul et même club. Et j’espère que tous les supporters juventini aimeront l’équipe féminine comme ils aiment sa version masculine; parce que nous sommes une grande famille».

Certes, on espère que les filles de Guarino réussiront aussi bien que leurs homologues masculin. Cependant, quels que soient les résultats des bianconere, le fait que la Juventus ait ouvert un secteur féminin est signe que les choses commencent à évoluer. Et Guarino est bien d’accord: «La FIGC commence à faire bouger les choses, le projet n’est pas resté caché au fond d’un tiroir, il est descendu sur le terrain. Le fait de donner la possibilité aux jeunes filles de cultiver leur passion, je me réfère au fait d’obliger les clubs à recruter 20 jeunes de moins de 12 ans, ça permettra de mettre en lumière le football féminin. Mais il faudra des années avant que ça puisse combler le fossé que l’on a avec les autres nations.».

Ça prendra le temps que ça prendra, mais une chose est sûre: à nous de donner autant de voix pour cette jeune équipe qui est déjà bien imprégnée de l’ADN bianconero que pour leurs collègues masculins qui nous donnent de la joie depuis des années afin qu’elles aussi puissent nous faire rêver.

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