Katie Zelem n’a jamais rêvé de jouer pour la Juventus. Il faudrait avoir beaucoup d’imagination pour entrevoir un futur avec une équipe qui n’existe pas. Comme le reste du monde, elle a regardé le club italien disputer la finale de la Ligue des Champions masculine. Mais ce n’est qu’un mois plus tard qu’une autre Vieille Dame est née.

Bien que la Juventus ait déjà enclenché des programmes de formation de joueuses, elle n’avait encore jamais eu d’équipe senior. Avec l’aide d’un système mis en place par la fédération italienne de football et destiné à encourager l’investissement dans le football féminin, elle a acheté la licence d’une équipe existante, le Cuneo Calcio, et s’est mise au travail pour construire une équipe à partir de rien.

Katie Zelem, milieu de terrain de 21 ans jouant pour Liverpool dans la FA Women’s Super League, ne savait rien de tout cela jusqu’au au jour où une offre lui est parvenue : « Mon agent m’a appelé et il a dit : ‘La Juventus est intéressée’, se rappelle-t-elle. Je me suis juste dis : Wow ! ».

« Pour être honnête, je n’avais jamais pris en considération l’Italie. Passer de l’Angleterre à l’Italie n’est pas un transfert habituel dans le football féminin – le secteur se développe très vit en Angleterre – mais avec la Juventus, c’est une histoire complètement différente. En quelques jours, mon contrat a été finalisé et je rencontrais les filles au camp d’entraînement ».

Même maintenant, elle ne semble pas y croire : « Je parlais justement à une de mes amies hier et je lui disais que je n’avais pas l’impression d’avoir déménagé ici, que ce sont juste des vacances ».

Il est facile de traverser les frontières quand sa profession est aussi une passion. Fille d’Alan Zelem, ancien gardien de Macclesfield, elle a grandi avec un ballon à ses pieds. Le frère jumeau de son père, Peter, a aussi été un footballeur professionnel et a un fils du même âge que Katie. Ils étaient voisins et jouaient tout le temps ensemble dans la rue.

« Notre famille est très compétitive, explique Zelem, en rappelant que la compétition ne se limitait pas seulement au football. Je me rappelle quand je jouais au tennis contre mon père, j’avais peut-être 11 ans et il ne me laissait pas gagné un seul point. Nous arrêtions de jouer quand nous étions à 4 sets à 0. Sinon, on continuait de jouer jusqu’à ce que je gagne un point, je courrais partout sur le court. En grandissant, je suis devenue plus maligne et j’ai commencé à bouger un peu plus mon père. Maintenant, il ne voudrait même plus m’affronter ».

Cette volonté de ne jamais abandonner devrait lui être utile dans sa nouvelle aventure. Quand elle est arrivée en Août, elle ne parlait pas un mot d’italien et n’a pas pu avoir de conversations détaillées avec ses coéquipières et sa nouvelle entraîneuse sur son rôle dans l’équipe. Mais tout ce qui comptait pour elle, c’était d’avoir une chance de voir une autre partie du monde, se challenger et devenir meilleure.

La seule personne avec qui elle s’est entretenue est Paige Williams, revenue à Birmingham après deux saisons passées en Italie. « Paige m’a dit : ‘peu importe ce qu’il se passe, saisis l’opportunité. Tu vas apprendre une nouvelle langue, essayer de nouvelles choses’ ». Williams a remporté la Serie A avec le Brescia en 2016 et la Juventus poursuit maintenant le même objectif. Le club vise au minimum la qualification en Ligue des Champions, ce qui nécessite de finir parmi les deux premiers. Le désir de jouer cette compétition a été un autre facteur influençant la décision de Zelem.

Mais elle ne suivra pas à la trace les empruntes de sa compatriote. Paige Williams était venue en Italie en voiture, en embarquant ses valises dans une Fiat 500 et en se lançant dans un voyage de 17 heures. Zelem a fait plus simple et a pris l’avion. « J’avais songé à revenir pour reprendre ma voiture mais ils tous des fous du volant ici, dit-elle en riant. Je ne sais pas si je pourrais m’y faire ».

Ce n’est pas le seul stéréotype italien qui s’est vérifié. « La première semaine, je crois que j’ai mangé trois fois de la pizza. Je pensais que c’était une blague quand les gens disaient qu’ici on mangeait tout le temps des pizzas et des pâtes. Mais, à mon tour, je mange des pâtes quotidiennement. Dans l’hôtel dans lequel je vis, ils en servent tous les jours ».

La vie à l’hôtel devient vite ennuyeuse mais la recherche d’un appartement n’est pas si simple quand on ne parle pas la langue du pays et qu’on essaie de trouver sa place dans une ville inconnue. Elle est cependant aidée par la Juventus, qui prend en charge de nombreuses choses qui ne l’étaient pas à Liverpool.

« L’organisation est excellente parce que nous n’avons pas à laver nos maillots », dit Zelem. C’est bien parce qu’à Liverpool, nous devions le faire nous-même. Le reste est assez similaire, donc c’est très positif pour moi. Surtout que je le répète, passer de l’Angleterre à l’Italie peut être vu par certains comme un pas en arrière d’un point de vue professionnel. Mais la Juventus a vraiment placé la barre haute ».

Les bianconeri ont étalé leurs ambitions lorsqu’ils ont gagné leur premier match officiel 13-0, contre le Torino en Coppa Italia. Zelem a manqué le match à cause d’un contretemps administratif mais était de la partie lors du match retour, qu’elles ont gagné 8-0. Puis elle a débuté sur le banc lors de la première en championnat, un triomphe 3-0 à l’extérieur contre le Mozzanica.

Sa place de titulaire n’est pas assurée. Il lui faudra du temps pour s’adapter complètement à un nouveau championnat et un nouveau style de football. Zelem cite Fara Williams et Andrés Iniesta comme ses modèles dans le football et espère être aussi performante qu’eux, en dictant le jeu derrière l’attaque. Mais il n’est pas facile de s’imposer quand on apprend encore à communiquer avec ses coéquipières.

Certains rôles, cependant, viennent naturellement. Zelem était le DJ non-officiel du vestiaire à Liverpool et elle revendique déjà le même titre à Turin. « Ca n’a pris que quatre jours, dit-elle. Les filles étaient impressionnées en Angleterre. Les goûts musicaux sont un peu différents ici cependant. Ils aiment beaucoup les chansons un peu démodées. En Angleterre, c’est plutôt selon notre humeur, est-ce qu’on est tranquille ou autre chose ? Ici, ce sont toujours des chansons rythmées, peu importe ce qu’il se passe. Et elles aiment bien aussi les vieilles chansons qu’elles peuvent chanter à haute voix ».

Malgré la barrière du langage, il est facile de comprendre comment Zelem est devenue une figure populaire à la Juventus. Son enthousiasme est contagieux et le rire n’est jamais loin. Mais elle est aussi très sérieuse quand il s’agit d’utiliser cette expérience pour devenir une meilleure joueuse. Surtout, elle espère se rapprocher de son but ultime : jouer pour l’équipe nationale d’Angleterre.

« Si à dix ans, je savais que ça aurait pu être une carrière ? Non. Mais j’ai rêvé de l’équipe nationale dès que j’ai su qu’il était possible de jouer pour l’Angleterre ».

Aujourd’hui, pas besoin d’une grande imagination pour imaginer Zelem faire ses grands débuts en équipe nationale.

Article original : The Guardian : Katie Zelem: ‘My agent said Juventus are interested. I just thought: Wow’

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