Le 5 mai 2002 restera une date mythique de l’histoire de la Juve. Si vous ne savez pas pourquoi, une séance de rattrapage s’impose !

Eté 2001 : La Triade fait sa révolution

Au début des années 2000, le football italien est dominé par les équipes romaines. La Lazio et la Roma sont successivement sacrées championnes. La Juventus est l’une des grandes perdantes des dernières années, déchirée par les polémiques sur l’arbitrage, le déluge de Pérouse (qui provoque la perte du Scudetto à la dernière journée en 2000) et des problèmes extra-sportifs.

Pour retrouver le succès, la triade juventina, composée de Moggi, Giraudo et Bettega, décide de frapper fort. Carlo Ancelotti est prié de faire ses valises. Marcello Lippi, qui a tout gagné avec le club entre 1994 et 1999, fait son retour. Un retour qui en laisse plus d’un perplexe : en Italie, les seconds passages des entraîneurs sont rarement couronnés de succès. Mais les échecs de Trapattoni, Sacchi et Capello n’effraient pas le mister italien.

Sur le mercato aussi, la triade effectue une révolution. Zinédine Zidane rejoint le Real Madrid pour plus de 70 millions d’euros, devenant à l’époque le transfert le plus cher de l’histoire du football. Filippo Inzaghi est également cédé à l’AC Milan pour 40 millions d’euros. La Juventus dispose littéralement d’un trésor pour faire ses achats. Et avec Moggi à la barre, cet argent ne peut être que bien dépensé. Ainsi, la Vieille Dame enregistre les arrivées de Lilian Thuram et Gianluigi Buffon en provenance de Parme ainsi que de Pavel Nedved, qui évoluait alors à la Lazio.

Marcello Lippi se met au travail et construit une équipe qui ne brille pas forcément par son jeu mais par sa solidité et sa rigueur tactique. Malgré des débuts un peu compliqués, Gianluigi Buffon s’impose rapidement. Il est protégé par une défense composée de Thuram et Pesotto sur les côtés et d’un duo Ferrara-Montero (ou Iuliano) dans l’axe. Au milieu de terrain, Tacchinardi évolue au centre, entouré par le rapide Zambrotta à droite et le coriace Edgar Davids à gauche, dont le rôle est de couvrir les incroyables montées de Nedved. L’infatigable Antonio Conte apporte du muscle à ce milieu. Devant, David Trezeguet, en pleine progression, et Alessandro Del Piero, de retour à son meilleur niveau, composent l’attaque. Marcelo Salas aurait dû être un joker de luxe mais le chilien se blesse grièvement en début de saison et restera sur le flanc pendant tout le championnat.

Une saison inconstante

Mais les débuts ne sont pas glorieux. Les bianconeri jouent mal et les problèmes se concentrent à gauche où Nedved et Davids se marchent sur les pieds, sans parler de l’habitude qu’avait Del Piero de débuter ses actions de ce côté. La Juventus est vite devancée par les équipes romaines, milanaises, qui se sont elles aussi bien renforcées, mais aussi le Chievo, équipe surprise de ce championnat. Marcello Lippi réagit en plaçant Nedved dans une position proche de meneur de jeu, déplace Thuram sur le côté droit et ressort Ciro Ferrara du placard. L’effet est immédiat : la Juventus enchaîne les victoires et revient aux avants-postes du championnat. A la fin de la phase allée, la Roma est en tête avec 1 point d’avance sur le Chievo et l’Inter. La Vieille Dame a 4 points de retard.

Mais la Louve ne parvient pas à suivre le rythme de l’Inter et la Juve et se voient dépassées. Un duel entre les bianconeri et les nerazzurri se dessine. Mais l’équipe de Lippi alterne le bon et le moins bon. A six journées de la fin, les Interistes sont plus que jamais favoris : les juventini ont six points de retard et personne n’imagine la Vieille Dame renverser la situation. Et pourtant, fidèle à son histoire, la Juventus déjoue les pronostics et revient à un point de l’Inter à l’aube de la dernière journée du championnat. La Roma est en embuscade avec deux points de retard sur le leader.

5 mai 2002 : 90 minutes de folie

Tout se jouera donc le 5 mai 2002. L’Inter est en déplacement à Rome pour y affronter la Lazio. Les tifosi romains, en conflit avec leur président, promettent de supporter les nerazzurri. Les milanais débarquent en masse au Stadio Olimpico. A l’autre bout de l’Italie, la Juventus se déplace à Udine. Là-aussi les tifosi bianconeri sont nombreux mais pas au point de jouer à domicile comme l’Inter. Fabio Capello, entraîneur de la Roma et lui aussi en course pour le titre avec deux points de retard, l’annonce : il n’y aura pas de surprise. « Je sais déjà comment ça va se passer. Tout le monde va gagner et le classement ne bougera pas ».

Le coup d’envoi des rencontres est donné à 15 heures. La Juventus plie le match d’entrée. Trezeguet et Del Piero n’ont besoin que de dix minutes pour donner deux buts d’avance aux bianconeri. Les tifosi sont tous collés à leur radio portable, en espérant un miracle à Rome. Mais l’ouverture du score de Vieri pour l’Inter instaure le silence dans les rangs des visiteurs. L’égalisation de Poborsky va les réveiller mais la joie est de courte durée puisque quatre minutes plus tard, Di Biagio redonne l’avantage à l’Inter. Les juventini n’y croient plus, jusqu’à la 45ème minute, Poborsky s’offre un doublé et égalise pour la Lazio. A la mi-temps, la Juventus est championne d’Italie.

Nul ne sait ce qu’il s’est passé dans le vestiaires de nerazzurri, mais Ronaldo et sa bande ont les jambes qui tremblent au moment de revenir sur le terrain. Le triomphe annoncé la veille se transforme en une défaite historique. Simeone, ancien joueur de l’Inter, est presque désolé de donner l’avantage aux laziali. L’Inter doit alors marquent deux buts. A Udine, la clameur monte dans le camp bianconero. Tout le monde commence à y croire, à commencer par les joueurs. Marcello Lippi essaie de maintenir le calme mais les chants des tifosi juventini couvrent sa voix. A Rome, Simone Inzaghi marque le coup de grâce. La Lazio s’impose 4-2 : la Juventus est championne d’Italie.

La revanche de Pérouse

C’est le délire à Udine, mais aussi à Turin où les tifosi envahissent les rues pour fêter le 26ème Scudetto de l’histoire de la Vieille Dame, après trois ans d’abstinence. A l’Olimpico, l’ambiance est complètement différente. A l’image de Ronaldo, les tifosi de l’Inter sont en larme. Vieri reste immobile, comme sonné. Et Materazzi attaque même les laziali : « Il y a deux ans, on vous avait fait gagner, on vous avait fait gagner » hurle-t-il. Au classement, non seulement les Interistes sont dépassés par la Juve mais ils voient aussi la Roma leur passer devant.

La fête bat son plein à Udine. Deux ans après avoir perdu un titre à la dernière journées, les rôles sont cette fois inversés. Antonio Conte se sent comme libéré et exprime tout de sa rage à la télévision : « Il y en avait à Pérouse qui riaient et qui pleurent aujourd’hui… Et moi, je jouis, je jouis, je jouis ». Lippi est rayonnant : ils étaient peu nombreux à croire à ce succès et ce jour-là, tout le monde s’incline.

Ce titre acquis à la dernière journée et arraché à un rival comme l’Inter est donc entré dans la légende de la Juventus, et plus généralement du football italien. Le 5 mai est un jour de fête pour les tifosi bianconeri. Et les joueurs s’efforcent de l’honorer sur le terrain. Le 5 mai 2013, la Juventus de Conte décroche son deuxième Scudetto consécutif. Le 5 mai 2015, l’équipe de Max Allegri s’imposait face au Real Madrid, en demi-finale aller de la Ligue des Champions. Cette année, le cadeau est arrivé de Monaco, mais avec deux jours d’avance…

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