Du 1/8ème aller contre Tottenham il faut séparer le résultat et la prestation de l’équipe, bien que ce soient deux éléments liés.

Le résultat, acquis au cours d’une saison où il semblerait que nous ne réussissions pas à transformer des penaltys décisifs, nous condamne à un miracle à Wembley. Un miracle difficile à imaginer, mais pas impossible : la Juventus nous a habitué au fil du temps à de grandes remontées. Mais, en ce moment, le découragement et l’inquiétude règnent car pour réaliser ce genre d’exploit, la qualité et la faim ont toujours été des caractéristiques indispensables. Or mardi, comme dans d’autres occasions cette saison, on aura vu ni l’une ni l’autre ; quelques joueurs ayant même déclaré que l’équipe avait peur de se découvrir car Tottenham est une équipe forte.

Tottenham

Il est à reconnaitre que Tottenham dribble bien et a quelques individualités marquées mais ils n’ont pas non plus fait que se passer le ballon avec précision, en se déplaçant toujours harmonieusement et en démontrant une identité ultra bien définie. On peut partir d’un 0-2 et le remonter mais subir une remontée, en étant incapables de tenter la moindre réaction adaptée et en confiant aux individualités, aux dégagements et aux ballons difficilement jouables le devoir de créer quelque chance de danger n’est pas acceptable. Parler de peur à ce moment de la saison laisse abasourdi notamment avec le projet entier lancé par Allegri depuis le banc.

Analyse de l’équipe

Contextualisons et concrétisons la dimension de l’équipe. La Juve est sans doute une top team car elle a un effectif composé de joueurs de qualité. Cependant une top team doit être dotée de réels leaders et pas de choix par défaut. Sa base doit rester inchangée pendant 3 à 5 ans, avec peu de modifications et des recrues de même niveau ou de niveau supérieur dans les secteurs déficients ou inadaptés à l’objectif sportif préfixé de saison en saison. Aucune équipe gagnante ne se soustrait à cette règle.

La Juventus 2017/2018 est une équipe en profonde mutation, mais au même niveau que celles des 4 dernières années. Avec l’arrivée d’Allegri aux commandes, il y a toujours eu un onze titulaire de très haut niveau à disposition, mais sans le support de remplaçants à la même hauteur. Nous avons ensuite assisté à son démantèlement et à l’insertion de nouveaux joueurs, clairement pas à la hauteur de ceux partants. Ces opérations se sont succédées jusqu’à cette année. Résultat de l’auto financement mais aussi de choix de mercato, qui se révèlent bien souvent incohérents avec les déclarations de chaque début de saison : des changements efficaces pour gagner le championnat et la Coupe d’Italie mais jamais suffisants pour la Ligue des Champions. Les deux défaites en finale ne trompent pas, les finales doivent se gagner.

Les victoires accumulées ainsi que les titres de ces dernières années ne sont pas à sous estimer. Cependant, les défauts sont souvent cachés comme de la poussière sous un tapis par les actions individuelles ou des coups d’éclat de certains joueurs face à des équipes de qualité mineure. Cette année,  beaucoup des concurrents italiens se sont renforcés et la Juventus très peu. Le club est actuellement second au classement, suiveur, en offrant bien souvent des prestations difficiles à regarder où les adversaires conservent le ballon (comme contre la Fiorentina) et les joueurs de la Juve tentent de l’intercepter, par tous les moyens, plus ou moins licites.

Personne ne souhaite que la situation demeure inchangée. Il est cependant certain qu’une amélioration est indispensable et que les déclarations faites en interview soient suivies par des éléments concrets sur le terrain (qualité, jeu, résultats) afin de recoller là où la Juve devrait se trouver : parmi les 4 premières équipes européennes. Des efforts sont à faire du côté de la gestion restrictive des joueurs achetés, qui ne sont pas valorisés ni portés au maximum de leurs capacités, et qui entraîne une forte perte du potentiel technique à disposition. Même si la Juve avait l’attaque du PSG ou le milieu de terrain du Real, elle se retrouverait dans la même situation.

Il est certain qu’il y a une différence entre le beau jeu et le résultat. On lui préférera de toute façon toujours le second, mais sur le long terme, cela devient évident : l’un ne va pas sans l’autre.

En effet, la Juventus, qui jusqu’à présent n’a cessé de tout rafler en Italie, rencontre cette année des difficultés en championnat pour élever son niveau de jeu et surclasser ses adversaires. Il faut chaque année trouver un nouveau module et des dispositifs tactiques. Les joueurs actuels ont été pris à l’origine parce qu’ils sont forts dans leur rôle de base, dans leur équipe d’origine. Mais à peine arrivés à Vinovo, ils doivent s’adapter à de nouveaux postes, intégrer des devoirs différents, qu’ils n’ont jamais rencontrés auparavant. Ils sont contraints de repartir à zéro ou quasiment, avec l’objectif de donner tout de suite le maximum dans ce rôle. Quelques joueurs y sont parvenus l’année passée (Mandzukic, Pjanic), mais cela revient à maintenir un ballon sous l’eau avec les deux mains : cela ne peut pas durer parce que c’est forcé. Dans les rôles actuels, beaucoup des joueurs donnent 50% de leurs capacités et cela donne un rendement de l’équipe à 50%

Entraîneur et joueurs

Nous nous retrouvons à un point important. Allegri fait de bonnes choses depuis son arrivée et a su reconstruire l’équipe après les départs de joueurs clés de l’ère Conte. Mais si au bout de la 4ème année consécutive il exige des joueurs pour le 4-2-3-1 et en cours de route découvre que c’est avec le 4-3-3 qu’il ne prend pas de but alors il y a une certaine incompréhension de départ car il part à chaque fois à la recherche d’un nouveau dispositif, perd des points en route et se retrouve à courir derrière la première place.

A la 4ème année de sa gestion, l’équipe devrait jouer par cœur grâce à une structure établie et construite durant les années précédentes : ce que l’on peut observer en regardant jouer les grands adversaires européens. Ressortir des modules de jeu dans des gros matchs alors qu’ils avaient échoué contre des petites équipes relèverait du génie si cela fonctionnait, mais les faits démontrent que ce n’est pas le cas et que cela participe grandement à l’échec face aux équipes européennes et du pauvre spectacle offert aux spectateurs internationaux.

Les blessures

Allegri a également sa part de responsabilité dans le mauvais état de forme de beaucoup des joueurs et de leurs fréquentes blessures : au niveau de la planification et de la charge de travail. La fable de ses équipes qui sont très performantes en mars commence à s’essoufler : le 1/8ème de finale retour arrive dans 21 jours et il sera très compliqué.

A la recherche de solutions

Contrairement à ce qu’Allegri peut souvent déclarer sur le fait que le football est facile et qu’il suffit de mettre 11 joueurs sur le terrain, il faut aussi leur enseigner un jeu à montrer et c’est là que tout se complique. Se regrouper à 11 dans sa propre moitié terrain quand les adversaires attaquent, laisser constamment l’initiative à l’adversaire, effectuer de longues passes de imprécises, devoir contrôler en plusieurs fois, faire des fautes pour récupérer le ballon ou essayer de le faire avec le physique, arriver seul dans la défense adverse sans avoir aucune idée de comment passer au cœur de cette dernière, transmettre une sensation de chaos et de hasard dans chaque action : tout cela n’est pas synonyme de jouer au football ni de s’identifier comme une grande équipe.

Cette équipe à les moyens de jouer mieux que ce qu’elle fait simplement parce qu’il y a des équipes beaucoup moins chanceuses au niveau de leurs effectifs et qui réussissent néanmoins à mieux jouer.

Allegri semble ne pas enseigner à jouer au football mais seulement à se positionner sur le terrain et chaque année il emploie des mois entiers à trouver un cadre tactique et le message à transmettre aux joueurs, dont les joueurs clés sont décimés par les blessures. Il manque donc une certaine cohérence.

Si l’on soutient que seulement celui qui gagne écrit son nom dans l’histoire, on ne peut pas célébrer une deuxième place (en Ligue des Champions par exemple) comme un succès relatif. On ne doit donc plus se contenter du minimum, il ne s’agit pas d’être reconnaissants ou critiques injustes, mais seulement de comprendre si l’on veut et peut réellement faire un saut de qualité en avant.

Article traduit et rédigé sur la base de l’article de Vittorio Aversano de Juventibus :
http://www.juventibus.com/mezzo-piede-dentro-fuori/

1 commentaire

  1. Bravo très bel article de quelqu’un qui connait et analyse bien notre Juvé depuis plusieurs années👌🏼

    En effet quel paradoxe!!! Nous avons des résultats largements corrects depuis plusieurs années grâce à une base de jeu solide ( tactique et individuelle) mais bon sang quel dommage de voir cette équipe louper la dernière marche à cause d’un système bridé ou la fantaisie, le beau jeu, l’initiative sont mis au second plan par Allegri…
    Comme le dit l’article on sent bien cette année que certains repartent « de zéro » comme D Costa plus ou moins titulaire alors que nous sommes fn Février et qu’il était censé remplacer notre Mandzu National à gauche.
    Même constat pour Bernardeschi, malgré de super stats je le sens( personnellement) jouer encore avec le frein à main alors qu’ils devraient être soutenu par les anciens, et devraient lacher tout son instint, son potentiel sur le terrain.

    Pour finir tout à fait d’accord avec l’article : Se regrouper à 11 derrière à la 15eme mn contre Tottenham, quel aveu de faiblesse pour l’adversaire, complètement contre nature pour des mecs comme Costa et Bernardeschi, quel risque inconsidéré à domicile!

    N’enlevons rien à tout le travail d’Allegri mais un petit «  lachez vous les gars » dans le vestiaire ferait du bien à certains de nos joueurs 😉

    Cette juve est grande et forte pour gagner des Scudettos, Copa, Quart, Demi mais trop bridé mentalement pour la dernière marche… pour l’instant ⚫️⚪️⚫️⚪️

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