Nous étions à peine à quelques heures de la clôture du mercato italien avant la grande reprise. L’horizon bianconero semblait calme et apaisé après un été déchaîné, sûrement le plus passionnant et le plus prometteur depuis beaucoup trop d’années. Plus préparée que jamais à tout gagner, la Vieille Dame est montée à bord du grand train de la saison 2018/2019 en prenant soin d’attacher chacun de ses précieux gamins… mais à la stupeur générale, elle a décidé de laisser son plus beau fils sur le quai. Nous sommes le 18 Août 2018, le train est désormais parti. La gorge est serrée mais la réalité, c’est que Claudio Marchisio n’est plus un joueur de la Juventus.

Brutal. A l’aide d’une vidéo et d’un « Grazie Claudio », la Juventus publie sur ses réseaux sociaux ses remerciements pour son Principino et annonce la résiliation de son contrat. Et…. Voilà. C’est à peu près tout. 25 ans de vie commune et de dévotion totale au club qui se terminent en une vidéo d’à peine deux minutes, pas pire/pas mieux que les autres, c’est aussi ça la Juventus nouvelle génération. Quelques posts de ses coéquipiers viennent tenter de combler le vide et embellir par ci par là un départ aussi choquant qu’inattendu, jamais rien de suffisant pour stopper l’hémorragie des cœurs sinistrés de tifosi venant de perdre l’une des plus belles icônes du club.

L’AMOUR DURE 25 ANS

Bien sûr, il y avait bien quelques échos de transfert à Monaco ou Nice, mais rien qui ne sortait du cadre habituel de la petite rumeur à prendre avec des pincettes, bon à remplir une case de quotidien sportif ou générer quelques clics. Qui plus est, aucun des acteurs habituels du mercato ne s’était particulièrement agité sur le cas Marchisio. Mais à l’image de Claudio, c’est dans l’ombre et en toute discrétion que s’est décidé le commun accord de tracer une route différente.

Il Principino aura attendu la traditionnelle réunion familiale à Villar Perosa pour annoncer son départ. Un lieu solennel pour transmettre son héritage aux nouvelles pousses, cette Juventinità dans son état le plus pur, résultat de 25 années dédiées corps & âme à la Juventus. Depuis ses 7 ans, Claudio portait la tunique Bianconera avec amour et fierté comme nul autre. Né et formé à Turin, il est tout simplement l’enfant du club. Il est la Juve.

« Je n’arrive pas à arrêter de regarder cette photo et ces rayures noires et blanches sur lesquelles j’ai écrit ma vie en tant qu’homme et en tant que joueur.»

D’ANDEZENO A PRINCIPINO

De ses premiers buts marqués avec la squadra giovanile du club jusqu’aux 7 Scudetti historiques qui forment le « #MY7H », Claudio aura fait bien plus qu’un morceau de chemin avec la vieille dame. Il avait 10 ans lorsqu’il a vu ses héros d’enfance soulever la Champions League à Rome. Il avait 20 ans et une carrière pro tout juste entamée lorsqu’il a vu sa propre nation et une cohorte de journaleux trancher la gorge de son club, et envoyer ce qu’il en reste en Serie B. Il était sur le banc lorsqu’il a vu sa Juventus commencer sa purge par un nul contre Rimini. Mais il a aussi vu Del Piero, Buffon, Nedved, Camoranesi, Trezeguet et déjà Chiellini poser les premières pierres du renouveau. Et il était là aussi lorsque 12 ans plus tard, on placardait CR7 avec son maillot de la Juve en gros sur toutes les unes italiennes. Si Claudio est si important pour nous, c’est parce qu’en plus d’être l’enfant du club et d’avoir vécu tous les hauts et les bas depuis plus de 20 ans, il est également l’un des protagonistes absolus de son retour au sommet depuis les tréfonds du calcio.

Ce rôle de protagoniste, Claudio le doit d’abord à des années de travail, mais aussi à son talent. Milieu de terrain polyvalent, élégant, technique, Marchisio est non seulement un garant de la Juventinità mais aussi un hommage au poste de ce numéro 8 qu’il a porté sur le dos : Joueur de l’ombre, dans le sacrifice constant pour ses coéquipiers, jamais le dernier à aller au charbon pour gratter des ballons… Se salir les mains est un moindre tribut pour un petit Prince toujours volontaire pour effectuer ce fameux travail de sape si ingrat mais précieux. Généreux offensivement et défensivement, son calme naturel, sa technique et son élégance en font un excellent métronome pour rythmer l’animation de jeu grâce à son excellent jeu de passes, longues comme courtes. Charismatique meneur d’hommes, il a de nombreuses fois porté le brassard en absence de Buffon et Chiellini. En fait, on irait bien plus vite à énumérer ses défauts plutôt que ses qualités.

PETIT PRINCE DEVENU LÉGENDE

C’est un symbole, un talent, une icone dont se sépare aujourd’hui la Juventus. L’origine de ce départ trouve sûrement sa source en Avril 2016, alors âgé de 30 ans et au top de sa forme, il se bloque le genou gauche lors d’un duel face à Palermo. Les croisés n’y résistent pas et forcent cruellement Claudio à troquer les terrains de foot contre les cabinets de médecin pour un bon moment. Lors de la saison 2017/2018 et malgré un Khedira largement médiocre, Allegri ne lui accordera que peu de crédit : 1055 minutes de jeu, en 20 apparitions dont une seule en C1 (19 minutes). Parce qu’il « aime ce maillot au point de penser malgré tout que le bien de l’équipe passe en premier », Claudio préfère quitter le club plutôt que de devenir un poids dans sa progression, tout comme Lichtsteiner et Buffon quelques semaines avant lui. Ne reste désormais plus que Barzagli et Chiellini pour boucler la boucle d’un cycle de 7 ans qui aura couvert la Juve de victoires et de trophées. Néanmoins, tout comme pour Buffon, on imagine très facilement qu’il aurait pu rendre encore quelques services.

389 présences en Bianconero, 7 Scudetti, 4 Coppe, 3 Supercoppe pour venir garnir l’un des plus beaux palmarès du club, quand l’on pense aux deux finales de Ligue des Champions perdues en 3 ans et à laquelle vient s’ajouter une finale d’Euro 2012. Des souvenirs en pagaille, son génial but contre l’Inter en Décembre 2009, le trio formant l’un des meilleurs entre-jeux d’Europe avec Pirlo et Vidal,  ses nombreux buts contre le Toro en Derby, sa talonnade génialissime pour Lichtsteiner contre le Barça qui mène au but de Morata, ce fameux tacle ridiculisant …CR7 en 2015 et tous ses buts se terminant par cette main battante sur l’emblème du club, comme pour rappeler où son cœur siège éternellement.

GRAZIE CLAUDIO

Claudio Marchisio est un joueur et un homme exceptionnel. L’un des derniers représentants de son espèce, ceux des fidèles, des hommes de club, l’assurance tous risques d’un maillot trempé au bout de 90 minutes à faire honneur à l’emblème cousu sur la vareuse. Un homme qui vit et respire Juventus, prêt à suer sang et larmes pour le club. Issu d’une famille de Juventini, formé au club, devenu titulaire en équipe première après avoir gravi tous les échelons lui permettant de gratter un palmarès impressionnant, le Petit Prince a désormais posé sa couronne et laissé son trône vacant, mais tout semble indiquer que son digne successeur n’est pas prêt d’arriver. Tout d’abord parce que les mentalités ont changé et que les « Bandiere » sont en voie de disparition, mais aussi parce que la Juve est un club qui a viscéralement du mal à accorder sa confiance à la jeunesse vu son taux d’exigence très élevé dès le début, en plus de ne pas être un club formateur de très grands talents ces dernières années.

Du travail. Des efforts. Jamais une polémique. Une implication permanente sans aucun calcul. Et toujours le « nous » avant le « je ». Claudio Marchisio s’en va et embarque avec lui un morceau de chacun d’entre nous. Dans ses valises, il prend aussi la seule chose que le football-business ne peut marchander.

Un cœur. Qui bat en blanc et noir, évidemment. Merci pour tout, Claudio.

Entre p'tits ponts lyriques et tacles à la jugulaire. S'est déjà fait les croisés à l'auriculaire gauche. Deux fois.

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