Paolo Montero fête aujourd’hui son 45ème anniversaire. A la Juventus entre 1996 et 2005, il laisse le souvenir d’un défenseur rugueux mais non dépourvu d’honneur.

La rencontre avec Lippi

La carrière de Montero débute dans son pays natal, et plus précisément au Peñarol, où il fait ses grands débuts à seulement 19 ans. Le football est chez lui une affaire de famille et contrairement à de nombreux joueurs, il n’a jamais douté de ses chances en professionnel : « Mon père, Julio, a été un joueur fondamental du Nacional de Montevideo et de la ‘Celeste’, l’équipe nationale uruguayenne. Dans mon destin, il était écrit que j’aurais suivi les traces de papa : question de chromosomes, de fatalité et de sang ».

Paolo-Montero-AtalantaAprès deux ans en Uruguay, Paolo Montero est repéré par l’Atalanta. Il débarque en Italie en 1992 et rencontre son nouvel entraîneur : un certain Marcello Lippi. Sa première sous le maillot nerazzurro est une réussite : l’Atalanta s’impose 2-1 contre Parme et Montero est l’un des meilleurs ce jour là. Le jeune défenseur uruguayen s’impose rapidement dans l’équipe et lui garantit une solidité défensive. La saison est brillante et l’équipe termine à la huitième place, à une époque où la Serie A est ce qu’il se fait de mieux pour les joueurs : « Le championnat italien était le rêve de n’importe quel joueur. Surtout pour nous les sud-américains, votre pays était l’objectif suprême, exactement ce qu’il se passe aujourd’hui avec l’Espagne ou l’Angleterre. Aujourd’hui, tout le monde veut jouer là-bas. Mais en 1992, le centre du monde footballistique, c’était l’Italie ».

Faute de moyens, l’Atalanta est contraint de vendre ses meilleurs joueurs et ne peut consolider ce résultat. La saison suivante, les nerazzurri sont relégués en Serie B. L’équipe n’y reste qu’une saison et retrouve tout de suite l’élite. Paolo Montero est alors un pillier de le défense. Mais les grands clubs ne croient pas en lui : il est perçu comme un joueur brutal, qui commet trop de fautes, a un caractère impossible et finit toujours dans le viseur des arbitres : « Je suis fait comme ça, expliquait-il à l’époque. Mais ne dites pas que je suis méchant, ça seuls mes parents peuvent le dire. Le fait est que je joue toujours pour gagner : dans les vestiaires je serre la main de mes adversaires mais sur le terrain, je ne leur épargne rien ».

« Ou le ballon passe, ou la jambe passe mais jamais les deux »

Son ancien entraîneur ne doute pas de lui en revanche. Marcello Lippi, cette fois à la Juventus, mise une nouvelle fois sur le défenseur uruguayen. « Je le remercierai toujours pour tout ce qu’il m’a enseigné et pour m’avoir voulu à la Juventus. C’est grâce à lui que j’ai porté le maillot bianconero ». Toujours parfait dans le timing en phase défensive et techniquement doué, la Juve comprend vite qu’elle doit se fier à lui pour continuer à gagner. Le joueur, lui, s’épanouit au sein de l’équipe : « J‘ai été chanceux parce que j’ai toujours évolué dans des groupes exceptionnels, j’ai toujours eu à faire avec de grands effectifs et surtout de grands joueurs. Quand je suis arrivé ici, en 1996, j’étais confiant, je savais que ce lien durerait longtemps. Quand tu signes pour une équipe aussi importante que la Juventus, il est évident que tu dois espérer y rester jusqu’à la fin de ton contrat. Et moi, j’ai même eu la chance de le prolonger. Je ne peux donc que me réjouir de la confiance qui m’a toujours été accordée ».

Le pari de Lippi est gagnant : après une seconde place en 1996, les bianconeri gagnent le Scudetto deux fois de suite. Fort d’une mentalité qui colle avec celle du club (« A la Juventus, le résultat compte plus que tout; l’objectif est de gagner, toujours ! »), Paolo Montero devient une idole des tifosi. Leader insurmontable sur le terrain, il a surtout toujours tout donné. En 2010, il répondait ainsi à ceux qui lui reprochent d’avoir été un joueur trop rude. « J’étais toujours à la limite. Si tu joues comme ça, c’est normal qu’on se souvienne de toi comme un joueur qui commet beaucoup de fautes et reçoit pas mal de cartons. Mais ça ne m’a jamais inquiété. Je faisais ce que me demandait le Mister. J’étais un défenseur et je devais défendre. Je jouais toujours à fond, je donnais tout. Si tu te jettes avec beaucoup d’envie sur chaque ballon, le contact physique avec l’adversaire est absolument inévitable. Mais le football est un sport physique et c’est normal qu’il y ait des fautes. Mais moi, même si l’agressivité faisait partie de mon répertoire, je n’ai jamais blessé qui que ce soit ».

Le pilier de la défense

Montero-JuventusLes succès ne s’éternisent cependant pas. Lippi est contraint de quitter la Juventus. Des problèmes de groupes, des campagnes de recrutement discutables et un peu de malchance empêchent la Juventus d’enchaîner les victoires. L’attaque n’est pas aussi productive que celles du Milan, de la Roma et de la Lazio mais la défense reste la plus efficace. En 2000, année du Scudetto perdu à la dernière journée à Pérouse sur un terrain impraticable, les bianconeri n’encaissent que 20 buts, 13 de moins que le champion laziale. Malgré la concurrence de Tudor et Iuliano, qu’il considère comme un membre de sa famille, Montero reste la véritable certitude de cette défense.

Après une autre seconde place en 2001, Paolo Montero devient une nouvelle fois champion d’Italie en 2002, ce fameux 5 mai, quand l’Inter perd le Scudetto à la dernière journée. « Cette journée fut fantastique, c’était quelque chose de fou, une joie immense. Nous n’y croyions presque plus. De quoi l’Inter se plaint ? Si c’était vraiment l’équipe la plus forte, elle serait allée à Rome et elle aurait claquer quatre buts à la Lazio. Et nous alors, à Pérouse, qu’est ce que nous aurions du dire ? nous sommes restés 64 minutes dans le vestiaire à attendre pour revenir sur le terrain. 64 ! Je les ai comptées. Ce n’était pas croyable. Mais j’ai mon code d’honneur personnel et pour moi seul le verdict du terrain compte. C’est pour cela que j’ai toujours respecté les décisions arbitrales. Pendant un match, tout est permis pour gagner ».

Les regrets européens

Sacrés champion en 2002, 2003 puis 2005, Paolo Montero compte au final 5 titres de champion d’Italie (4 selon la justice). L’Uruguayen n’a qu’un regret, finaliste à 3 reprises de la Ligue des Champions, il ne l’a jamais gagnée : « C’était mon destin. Surtout parce que nous avons pratiquement dominé toute la finale contre le Borussia Dortmund. Et même la défaite contre le Real n’est survenue qu’à cause d’une série d’événements malchanceux. Ce qui est sûr, c’est que personne ne nous a jamais véritablement dominé. La finale contre Milan en revanche mérite un chapitre à part. Comme on dit en Uruguay, la séance de tirs aux buts est une roulette russe ».

Paolo Montero a toujours détesté jouer comme latéral gauche et il s’était d’ailleurs disputé avec Lippi à cause de ça aux temps de l’Atalanta. Mais pour cette finale contre Milan, Montero n’a pas refusé ce rôle : « Je n’aurais jamais pu me retirer d’un match aussi important. Jouer comme latéral ne m’a jamais plu et ce soir là, jusqu’à ce que Tudor se fasse mal, j’ai vraiment très mal joué à gauche, mais je devais tout donner pour essayer de gagner cette coupe. Sinon, je ne me le serais jamais pardonné. Mais dis toi, pour mieux comprendre, que quand j’étais gamin, je préférais jouer dans les buts plutôt que latéral ». La soirée est cauchemardesque pour Montero qui rate également son tire au but : « J’y ai tellement repensé. Je n’en avais encore jamais tiré en matchs officiels. Mais à la fin du match, le coach Lippi vient vers moi et me dis ‘Paolo, tu t’en sens capable?’. Qu’est ce que j’aurais pu répondre ? J’aurais tout fait pour gagner ce soir là. Tout ».

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L’anecdote d’Ancelotti

« Un matin, à quatre heures du matin à l’aéroport de Caselle, alors que nous revenions d’Athènes, où nous venions de jouer un très mauvais match de Ligue des Champions contre le Panathinaikos, nous avons rencontré un groupe de garçons qui ne nous voulait pas que du bien. Au passage de Zidane, ils l’ont poussé et cet acte les a condamnés. Pas à mort, mais presque. Montero a vu la scène de loin, il a enlevé ses lunettes avec une élégance que je ne lui connaissais pas puis les a mises dans une boîte. Un beau geste mais un terrible signal parce qu’en l’espace de quelques secondes, il s’est mis à courir vers ces ingrats et les a recouverts de coups, bien aidé aussi par Daniel Fonseca, un autre qui ne se faisait certainement pas prier. Paolo adorait Zizou, et moi j’adorais aussi Paolo, il avait le coeur et l’esprit sain. C’était une canaille mais il avait son code d’honneur ».

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