Plus qu’un numéro, un héritage. Paulo Dybala portera désormais le numéro 10 sur ses épaules. Un pan de l’histoire de la Juve, un manifeste des champions d’hier, ceux qui ont écrit en lettres d’Or la légende du club. A 23 ans, la Joya devient le visage et le porte-étendard d’une Juventus qui n’a jamais aussi bien porté son nom : Jeune, réinventée, et prête pour écrire l’histoire. Encore.

Sivori, Platini, Baggio, Del Piero… Tous ont en commun le numéro 10 et ont marqué l’histoire du football à leur manière. Des gentlemen qui ont contribué à façonner la légende de ce numéro à la Juventus. Plus qu’un simple maillot, le porteur du 10 se veut être l’héritier de ce que la Juve a cultivé de plus grand et de plus beau dans son histoire. Un numéro réservé aux grands, répondant à une certaine idée de l’élite en termes de football, mais aussi d’image véhiculée sur et en dehors du terrain : La classe, l’honneur, la loyauté, et le respect.

Une idée incarnée à la perfection par Alessandro Del Piero. Le souvenir récent mais inoubliable d’un homme qui a consacré sa carrière et son cœur à la Juventus a fini par peser sur la question de l’héritage de « son » numéro 10 porté si longtemps sur le dos. Il n’y aura jamais de deuxième Alex, lui trouver un héritier est impossible. Et c’est dans l’optique de briser le mythe devenu peut-être trop imposant dans l’esprit des tifosi que la Juventus a décidé d’attribuer son numéro à Carlos Tevez dès sa signature au club en 2013. Il fallait tourner la page et faire tomber une pression devenue trop grande…

LE JOUR D’APRES ALEX

Aucun numéro trop lourd à porter pour l’Apache

Une pression que l’Apache et son caractère fort gèrent bien. Si les tifosi étaient globalement sceptiques à l’idée d’attribuer ce numéro dès sa première saison, Carlitos répond par des statistiques honorables, et un bon comportement alors qu’on lui prêtait une image sulfureuse du côté de l’Angleterre. La Juve a aimé Carlos Tevez et il le lui a bien rendu. 2 saisons, 66 matches et 39 pions plus tard, l’argentin part au sommet de son art rejoindre Boca, son amour de toujours, et laisse le numéro 10 de nouveau orphelin, mais pas entaché.

C’est alors que Paul Pogba, numéro 6 jusque-là, décide de lui-même à mettre le grappin sur le 10 durant l’été 2015. Si l’on devine un petit coup de pression de la part d’Adidas pour que l’on attribue un numéro très bankable à son nouveau talent marketing, le club accepte, comptant sur le français pour devenir la figure de proue sportive du club pour les années à venir. Sauf que Pogba réalise une saison au démarrage poussif où il n’a jamais réussi à s’imposer en tant que leader technique du milieu de terrain comme attendu après les départs de Vidal et Pirlo. Pire encore, il marque la tunique bianconera d’un mystérieux « 10+5 » pour une raison qui nous est toujours obscure, marquant son incapacité à s’imposer avec ce numéro lourd à porter. Pogba quitte la Juventus à l’été 2016, à peine un an après avoir endossé le 10, n’ayant vraisemblablement pas réalisé l’héritage dont il avait fait l’objet.

La direction visiblement refroidie par l’expérience Pogba, le 10 ne trouve aucun repreneur même si à ce moment déjà, Dybala était pressenti. L’argentin néanmoins, déclare à de nombreuses reprises se plaire avec son numéro 21, un autre numéro important à la Juve, avec notamment l’héritage récent d’Andrea Pirlo. L’arrivée cet été de Federico Bernardeschi laissait à penser que le 10 allait trouver repreneur, le profil du jeune italien pétri de talent s’y prêtait bien. Mais estimant qu’un tel numéro se mérite, Federico opte pour le 33. Tout pensait à croire que le 10 allait rester vacant une saison de plus, jusqu’à Mercredi soir. Après deux saisons magnifiques au club et sur demande de la società, la Joya accepte l’héritage. #Dybala10 est né.

10 + 10

L’ÉLU

Si l’on serait naïfs de ne pas considérer l’aspect marketing évident, surtout avec la cote de popularité explosive de Paulo, on peut aisément se rassurer sur l’idée que l’argentin est légitime à l’héritage de ce numéro, que ça soit sportivement ou humainement. Jusqu’ici irréprochable sur les deux tableaux, il est jeune, talentueux avec encore une bonne marge de progression, et malgré une forte exposition médiatique depuis son arrivée à la Juve, il reste néanmoins sobre et humble. Il dispose de tous les éléments requis pour être le visage de la Juventus nouvelle génération et semble parfaitement mesurer l’importance de son nouveau rôle, déclarant : « Quand ils m’ont demandé de changer mon numéro, je me suis demandé s’il était juste ou non de laisser le « 21 » qui était -et qui l’est toujours pour moi en équipe nationale- un numéro pour lequel j’ai beaucoup d’attachement, qui m’a permis de gagner tant de trophées, qui a été porté par des top players comme Zidane et Pirlo. Mais le 10 est un maillot spécial, c’est un honneur de le porter, c’est une grande responsabilité, il marque l’appartenance à l’histoire d’un club tel que la Juventus. Il a été sur les épaules de tant de grands champions : Omar Sivori, Michel Platini, Roberto Baggio, Alessandro Del Piero, Carlos Tevez. Pour moi, porter aujourd’hui ce maillot frappé du numéro 10, sur ma peau, n’est pas seulement un rêve d’enfant qui se réalise, c’est aussi un sentiment grandissant d’engagement à mener mon équipe à la victoire à chaque match, dans chaque compétition, pour chaque trophée ».

Désormais Paulo aura la lourde tâche d’être performant sur le terrain et d’être un symbole, le lien entre les nouveaux tifosi et les traditionnels. Il devra être une figure de loyauté et de respect pour la Juventus à une époque où de folles sommes d’argent priment sur fidélité et engagement. En tout cas, s’il y a bien quelqu’un qui lui fait confiance à ce sujet et se réjouit de le voir avec le numéro 10, c’est Alessandro Del Piero, rien que ça. A travers un tweet, Ale lui adresse ce message : « Bonne chance, Paulo Dybala. Profites-en en tant que vrai Juventino. Et divertis-nous ! » auquel Paulo a répondu « Merci beaucoup. C’est un honneur de porter ton maillot. Le défi de coup-francs entre numéros 10 n’en sera que plus beau ! ».

Quel plus bel hériter que celui adoubé par le Seigneur lui-même ?

Entre p'tits ponts lyriques et tacles à la jugulaire. S'est déjà fait les croisés à l'auriculaire gauche. Deux fois.

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