C’est dans une longue interview de la Gazzetta que Pirlo a décidé de parler de son futur. Et pas seulement, équipe nationale, Serie A, joueurs et entraîneurs, tout y passe. Voyez plutôt.

En décembre, votre contrat arrive à échéance. Vous arrêterez?

«On s’aperçoit tout seul que le moment est venu de s’arrêter: c’est quand chaque jour on a des problèmes physiques qui empêchent de s’entraîner comme on le voudrait. A mon âge, c’est normal de dire stop. On ne peut pas continuer jusqu’à 50 ans, je ferai autre chose».

Vous avez déjà pensé au futur?

«Je ne sais pas encore. Je retournerai en Italie dès le mois de décembre. Si je serai l’adjoint de Conte? Qu’est-ce qu’on en entend des choses. J’ai des idées, mais je me laisse du temps pour me décider».

Beaucoup de vos anciens coéquipiers ont choisi d’entraîner: Nesta, Gattuso, Inzaghi, Shevchenko…

«…Et Grosso, Cannavaro, Zambrotta, Brocchi ou Oddo. Tout le monde. Si moi je compte le faire? Ce n’est pas dit que parce qu’on a été un bon joueur, on en est forcément capable. On doit avoir certaines dispositions et le démontrer sur le terrain. Il doit y avoir cette étincelle, qui ne s’est pas encore allumée en moi».

Il vaut mieux partir d’en bas comme Nesta ou plutôt comme Inzaghi, qui a tout de suite commencé au Milan?

«Il n’y a pas de bon ou de mauvais chemin. Tout dépend des opportunités qui nous sont offertes. Si une équipe de première division appelle tout de suite, il est difficile de refuser. Je répète: pour le moment, ce n’est pas mon intention. Après 25 ans de football, je compte rester un peu chez moi avec ma famille. Je jouerai au golf et au tennis pour garder la forme».

Vendredi, l’Italie a joué contre la Macédoine. Une autre contre-performance.

«Malheureusement, ce n’est pas bon pour nous. Il était important de gagner, et on sentait qu’il y avait de la tension. Le résultat, ça a été un match confus et peu inspiré».

Aurions nous tort d’utiliser les termes «catastrophe» ou «apocalypse» si l’Italie ne parvenait pas à se qualifier?

«Je ne sais pas. Ce serait sans aucun doute désastreux et pour un cycle qui est en train de reprendre, et pour les joueurs qui ont pour ambition de se qualifier pour le Mondial. Cependant il y a les play-off et même si rien n’est encore joué, il y a toujours l’espoir que les choses changent».

Est-il juste de parler de crise après deux élimination en phase de poule lors des deux dernières coupes du monde?

«Le calcio n’est pas malade. C’est vrai que les sorties en Coupe du Monde ont été mauvaises, mais entre-temps nous avons disputé deux beaux Euros dont une finale et un bon classement en France où avec un peu plus de chance nous aurions pu arriver au bout. Ça arrive d’être éliminé, même si ce n’est pas normal pour un pays comme l’Italie. Un changement de génération est en cours, comme ça a été le cas pour l’Allemagne, la France et l’Espagne. C’est ensuite qu’arrive un moment plus prolifique et que l’on recommence à gagner».

On dit qu’on ne laisse pas leur chance aux jeunes.

«Je ne suis pas d’accord. Si un joueur est bon, il jouera toujours qu’il soit jeune ou plus âgé et ce en Italie comme ailleurs».

Lequel vous plaît le plus?

«Outre Insigne et Verratti qui ne sont plus de jeunes promesses je mettrai Bernardeschi, Belotti, Rugani, Caldara, Conti et Gagliardini dans le top. Ce ne sera pas facile d’avoir des nouveaux Totti ou des nouveaux Del Piero. Il faudra du temps, et il faudra espérer que ces garçons se transforment peu à peu en champions. Si l’un d’eux est un joueur hors pair, cela se voit déjà à 18 ans».

Verratti est un peu en difficulté.

«C’est parce qu’il a beaucoup de responsabilités et qu’il est toujours sous les feux des projecteurs. Rien que cet été lors du Mercato, quand on parlait beaucoup de lui à Barcelone. Et c’est comme ça qu’au premier match manqué on commence à le critiquer. Mais beaucoup d’entre nous ont du supporter ce genre de choses. S’il me ressemble? Nous avons les mêmes rôles sur le terrain, mais des caractéristiques différentes».

Balotelli est-il récupérable?

«Ça dépend de lui. S’il marque, comme il le fait en ce moment, il aura certainement la possibilité de revenir. Mais ça, ce sont les choix du sélectionneur».

On dit que la Mls ne prépare pas suffisamment les joueurs. Sinon, on ne pourrait pas expliquer pourquoi Giovinco n’a plus été convoqué, ne serait-ce que lors des stages de préparation.

«Peut-être qu’ils n’ont pas envie de venir le voir, ou qu’ils se disent que si c’est lui qui a voulu venir ici, c’est parce qu’il n’a plus envie de jouer. Ceci devrait valoir également pour ceux qui sont allés en Chine et à Dubaï. Et après, on préfère convoquer des joueurs qui ne jouent même pas dans leur équipe».

L’Italie de Ventura vous plaît?

«Au début, elle jouait comme avec Conte, en 3-5-2, et il y a eu de bonnes choses. Mais ensuite, le changement de module ne s’est pas très bien passé».

Vous avez été entraîné par Trapattoni, Lippi, Donadoni, Prandelli et Conte en équipe nationale.

«Oui, j’en ai connu beaucoup. L’équipe de Lippi jouait bien. Celle de Prandelli proposait un beau football et celle de Donadoni a fait quelques bons matchs. Celle de Conte été remarquable».

Vous avez toujours dit que Conte était un phénomène.

«Il fait tellement attention aux détails, c’en est impressionnant. Il arrive aussi à être convaincant quand il explique des choses. Un cours vidéo de 20 minutes avec lui vaut trois entraînements; on comprend tout de suite ce qu’on doit faire. Il s’est amélioré dans le temps grâce sa gagne et à son envie de tout faire à fond. Dans l’absolu, il est l’un des meilleurs».

En Italie, l’arbitrage vidéo fait débat. En Mls, vous l’avez depuis début août.

«Ici ça marche bien, parce que les arbitres ne sont pas excellents. Peut-être qu’en Serie A il n’est pas apprécié car il provoque des pauses, mais un peu de patience, il vient tout juste d’être installé. Peut-être qu’il ne pourrait être utilisé seulement dans les moments flagrants, mais ça aide à ne pas se tromper: c’est clairement un pas en avant».

Le licenciement d’Ancelotti vous a surpris?

«Oui. Et surtout parce qu’apparemment, ce sont ses joueurs qui l’ont voulu alors qu’il a toujours été un maître en ce qui concerne les rapports qu’il y a dans le vestiaire. C’est bizarre. Renvoyé si vite…je pense que ça cache autre chose».

Et si Montella était limogé ?

«J’espère que non. Le Milan a une tout nouvelle équipe, c’est difficile de faire jouer 20 hommes ensemble. Il faut du temps et de la confiance et même si les résultats ne se verront pas tout de suite, le projet existe, et il doit le faire progresser. Et je ne pense pas que les nombreux changements sur le banc ces dernières années aient montré un quelconque résultat».

Sarri vous plaît?

«Beaucoup. Son Napoli a le plus beau jeu d’Italie, et l’un des meilleurs d’Europe. Le voir sur le terrain, c’est du pur spectacle».

La Juve sans Alves et Bonucci est-elle plus forte?

«Oui elle l’est. Et elle a conscience de l’être. Elle est pleine de bons joueurs, elle gagnera le championnat et ira loin en Europe».

Et l’Inter?

«Je l’observe avec intérêt, elle sera bonne cette saison. J’aime bien Spalletti, et les joueurs ont besoin de comprendre ce qu’il demande. Pour le moment, elle ne génère pas beaucoup d’enthousiasme, mais elle obtiendra de bons résultats. Ils ne prennent pas de buts, ce qui en Italie est déjà beaucoup, et à un moment ou à un autre, il arrive qu’ils en marquent un. Tandis que l’année dernière, ils en encaissaient toujours un. Et puis Spalletti sait placer ses joueurs sur le terrain et les faire filer droit, c’est important».

Les critiques sur Bonucci sont-elles fondées?

«Non. C’est normal que pour le moment il n’ait pas le même rendement qu’à la Juventus. Le championnat a commencé il y a peu, il joue dans un club différent avec de nouveaux coéquipiers et de nouveaux mouvements tout en changeant de module. On ne peut pas attendre de lui qu’à peine arrivé il mette un but et fasse une passe décisive. C’est le meilleur défenseur d’Italie, et l’un des meilleurs en Europe, mais lui aussi a besoin de temps pour s’adapter».

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