Le vice-président du Bayern Munich regrette l’élimination de la Juventus. Un regret qui dissimule à peine son envie pressante de réformer l’Europe, avec Andrea Agnelli.

Comme tous les tifosi, Karl Heinz Rummenigge est certainement passé par tous les états mercredi soir mais c’est son équipe qui a finalement eu le dernier mot, alors qu’Andrea Agnelli quittait les tribunes après le but de Coman. Mais immédiatement après le coup de sifflet final, le vice-président bavarois n’a pas caché son mécontentement de voir la Juventus quitter la compétition : « L’espace de 210 minutes, les bianconeri ont été de grands rivaux et quand je pense qu’ils sont éliminés de la compétition après un match comme ça… L’UEFA doit réfléchir à tout cela et commencer à introduire des têtes de série ou quelque chose de similaire, vu que toutes les équipes dépendent de la chance. Nous avons jeté dehors une équipe qui, l’année dernière, était finaliste de la compétition ».

Il poursuit ensuite : « Je n’aime pas dépendre à ce point de la chance, avec des têtes de série qui s’affrontent immédiatement. Sur la série de matchs retour, j’ai dû éteindre la télé vue la faible qualité de certaines rencontres et, en revanche, une équipe comme la Juve est dehors. C’est inacceptable ». Rummenigge regrette-t-il à ce point la sortie de la Juventus ? Il y a certainement un part de vérité dans son propos, mais en réalité, cette élimination dessert surtout son ambition de voir l’Europe se réformer. Le vice-président bavarois a récemment faire de la  »Superleague », ce projet de championnat européen réunissant les meilleures équipes du continent, sa priorité.

Invité en janvier à un colloque sur le fair-play financier à la prestigieuse université de la Bocconi, l’Allemand avait évoqué le sujet aux côtés d’Andrea Agnelli : « Il ne faut pas exclure que, dans le futur, on puisse créer un championnat européen avec les grands clubs d’Italie, d’Allemagne, d’Angleterre, d’Espagne et de France, sous l’égide de l’UEFA ou d’une organisation privée. Comme l’a dit le Président Agnelli, les revenus sont limités ». Ce jour-là, Andrea Agnelli n’évoque pas le sujet en public, mais en coulisses, le président de la Juventus, très attiré par le modèle économique de la NBA et de la NFL, lui affirme son soutien total. Les deux dirigeants partagent un même problème : leurs clubs sont dépassés par l’explosion des droits télé de la Premier League. Pour rappel, le 20ème du championnat anglais recevra 138 millions d’euros contre seulement 94 pour la Vieille Dame et 40 millions pour le Bayern. Dans ce contexte, les revenus de la Ligue des Champions (plus de 60 millions pour la Juve cette saison) deviennent indispensables et même insuffisants. Cette Superleague pourrait non seulement les maintenir chaque saison mais aussi les augmenter. Aujourd’hui, la Ligue des Champions pèse 1,6 milliard d’euros. Pour Agnelli, c’est peu en comparaison des 6-7 de la NFL.

Si longtemps la Superleague apparaissait comme une lubie un peu folle ou un projet lointain, la situation est en train de s’accélérer et l’année 2018 pourrait déjà être décisive. La chute de Platini et l’élection d’Infantino à la présidence de la Fifa ont fragilisé l’Uefa, l’occasion pour faire pression est donc trop belle. La Gazzetta Dello Sport, qui a confirmé cette semaine l’alliance Agnelli-Rummenigge, évoquait deux possibilités : soit une nouvelle Champions League, soit la création de cete Superleague qui ferait disparaître la C1 et bouleverserait tout le football européen. Une éventuelle nouvelle Ligue des Champions, à 32 ou 48 clubs, prévoirait plus de matchs et donc de millions d’euros pour les participants mais aussi un accès facilité pour les grands d’Europe. Ainsi les tours préliminaires, seule chance des petites équipes, pourraient se voir remplacés ou réduits au profit de places fixes pour certaines équipes, sélectionnées en fonction de leurs palmarès et leurs résultats récents. Le calendrier serait plus lourd mais les championnats nationaux survivraient, idéalement avec 16 équipes (au lieu de 20 aujourd’hui).

Si cette évolution ne convainc pas ou ne porte pas ses fruits, alors ce serait la révolution. Création de la SuperLeague avec un groupe fixe (avec le Real, le Barça, l’Atletico, la Juve, l’Inter, l’AC Milan, Manchester United, Liverpool, Arsenal, Chelsea, le Psg, le Bayern, Porto, peut-être l’Ajax) et un pourcentage variable de clubs des cinq grands championnats. L’accès serait donc facilité pour les bien classés comme Tottenham, Séville, le Napoli et les Leicester de passage. Le nombre idéal de participants varie entre 16 et 24 avec un championnat dans lequel tout le monde s’affronte au moins une fois. Cette semaine, la Gazzetta proposait ainsi l’hypothèse suivante : 24 équipes, 2 conférences de 12 (et donc 22 matchs aller et retour) puis élimination directe à partir des huitièmes de finale (7 matchs de plus). On aurait ainsi 29 matchs en tout. Et pour ceux qui ne participent pas à ce championnat à part ? Une nouvelle Europa League naîtrait sur les vestiges de la Champions. Et les championnats nationaux ? Ils survivraient mais le calendrier forcerait les grands d’Europe à aligner régulièrement des équipes B.

De la théorie à la réalité, il n’y a qu’un pas. Mais il sera difficile de l’imposer aux clubs mineurs mais aussi aux tifosi, toujours attachés à leurs championnats nationaux. Car comme l’a dit Rummenigge : « Je ne sais pas si c’est bien pour le football, je ne sais pas ça plaît aux tifosi mais je ne l’exclue pas »

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